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Célébrations péruviennes

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L’art d’enterrer ses morts

Pour un Péruvien, sombrer dans le désespoir après la mort d’un proche est une absurdité.
Le récit vivant d’un jour ordinaire…

Par Céline Laly


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Extrait de la revue : Génération Tao n°63
Nb de pages : 2

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Descriptif

Un souffle doré nous pousse dans le dos, dans les rues poussiéreuses de Cartavio. Des volutes ensablées nous picotent les joues puis repartent dans un ballet dont le chorégraphe nous dépasse.

Aujourd’hui, cela fait 32 ans que le père de Gladys est mort. Cinq des enfants qui lui ont survécu et qui vivent encore au Pérou, ainsi que nombre de petits-enfants, conjoints, amis et personnes dont je n’ai réussi à me faire qu’une vision approximative du degré de relation avec la famille, traversent le village. C’est un joyeux brouhaha entrecoupé de sanglots qui s’engouffre bientôt dans le cimetière. Borys, une sorte d’Orphée péruvien, se déplace de son pas lourd avec une chaîne hifi sur l’épaule, de quoi emplir les allées mortuaires de cumbias rythmées et de valses péruviennes aux racines afro. Veto et son fils, portés par le groupe, soutiennent du bout de leurs mains puissantes une caisse remplie de bouteilles de bière fraîches.
« Oyen, cuidado con las cheeeee-las ! » (Hé, ho, faites attention aux bièèèères !), s’écrie Juana de sa poitrine imposante pendant que Luis et Mirko, 4 ans et 8 ans, détalent dans un nuage
de sable.

Le troupeau arrive enfin devant la tombe de l’aïeul en titubant. La caisse de bières est lâchée par terre avec fracas. Et Gladys ouvre le bal de la douleur dans un cri à mi-chemin entre le hululement et le braillement. Je me raidis tandis que les larmes se déversent soudain sur les joues ridées, bombées, brunies ou toutes roses avec fortes manifestations sonores. L’équipée se regroupe (je n’ose pas dire se recueille). Gladys entonne de sa voix au cœur grave, un discours de commémoration sur un ton des plus officiels.

« Compañeros, compañeras, amigos, amigas, hermanos y hermanas, familia, les agradezco por haber venido aquí, hoy, en este día de dolor » (Camarades, amis, frères, sœurs, ma famille, je vous remercie d’être venus ici, aujourd’hui, en ce jour de douleur !), et elle termine sa phrase dans un accent aigu qui résonne dans le cimetière et au-delà. Pendant ce temps, son mari Justiniano, souffle sur la seule fleur artificielle qui décore le petit casier faisant office de tombe, pour éparpiller le sable qui revient, obstinément, la recouvrir. L’océan pacifique est à vingt minutes de marche. Au loin, les vagues tournent et reviennent à la mer depuis des millénaires.

Ainsi réunis, qui assis sur les cagettes de bières, qui adossés ...

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