
La France est aujourd’hui le pays européen dans lequel on dénombre le plus grand nombre de praticiens en médecine chinoise. Les 30 septembre, 1er et 2 octobre prochains s’y déroulera le 2e congrès international de médecine chinoise. A l’origine de cet événement majeur, l’Institut Chuzhen. Son directeur, François Marquer, nous entretient sur son contenu à travers son parcours et son expérience.
GTao : Comment avez-vous découvert la médecine chinoise ?
François Marquer : Par hasard. En 1978, j’ai rencontré par des amis le Pr Leung Kokyuen qui était alors l’un des grands transmetteurs de la médecine chinoise vers les Occidentaux.
GTao : Vous n’aviez pas de formation médicale à l’époque ?
F. M. : Vous savez, ceux qui s’investissent le plus en médecine chinoise sont souvent ceux qui n’ont pas eu de formation médicale au préalable. Tout simplement parce que la formation « classique » de la médecine occidentale est très scientifique et exclusive vis-à-vis des autres médecines. Pour un scientifique, un soin donné doit avoir des effets reproductibles. Or, ces protocoles ne sont pas adaptés à l’évaluation de l’efficacité de la médecine chinoise. Pour une même pathologie rencontrée chez des patients différents, il est possible d’envisager des traitements différents car très individualisés. Et inversement, un même traitement pourra être appliqué pour traiter des affections différentes. Dans un sens large, le médecin de médecine occidentale analyse la maladie quand le médecin pratiquant la médecine chinoise analyse le syndrome spécifique au malade.
GTao : Les désaccords entre médecins et non médecins qui pratiquent la médecine chinoise existent-ils toujours ?
F. M. : Moins qu’auparavant. Même s’il y a eu au départ une défense corporatiste de la part des docteurs en médecine expliquant qu’un praticien non formé spécifiquement à la médecine moderne ne disposait pas des outils nécessaires pour reconnaître les symptômes d’une maladie grave. Les praticiens non-médecins ont dès lors développé une grande rigueur en sachant qu’ils n’avaient pas le droit à l’erreur. D’un point de vue pratique, l’un s’appuie en premier sur un savoir médical scientifique (très sous tendu par les analyses biologiques), et l’autre sur un savoir médical traditionnel chinois (fondé sur une analyse clinique très poussée). Ce qui n’empêche pas ces derniers de s’intéresser éventuellement à l’IRM ou au scanner de leurs patients, mais seulement en appoint de leur diagnostic. Aujourd’hui, un véritable rapprochement se fait sentir avec, comme toujours, la présence de quelques réfractaires de part et d’autre.
GTao : Le 2e congrès international de médecine chinoise qui cette année aura lieu à Paris, accueillera donc des médecins issus de tous horizons.
F. M. : Bien sûr. Parmi les personnes soutenant cette manifestation, on retrouve d’ailleurs le président de l’AFA, l’Association Française des médecins acupuncteurs, un autre membre du Comité scientifique est le responsable de l’enseignement de l’acupuncture à l’Université de Bobigny. Parmi les nombreuses communications médicales prévues, je peux citer à titre d’exemple, celle d’un médecin cardiologue français qui donnera des indications sur sa pratique dans le traitement de certaines maladies cardiologiques par la pharmacopée chinoise. Néanmoins, les membres les plus actifs demeurent les praticiens de médecine chinoise non docteurs en médecine comme le sont la plupart des membres de l’Institut Chuzhen à l’initiative de l’organisation de ce congrès.
GTao : Les dernières recherches, voire avancées technologiques, seront-elles abordées ?
F. M. : Plus de 80 interventions et 60 ateliers sont aujourd’hui programmés qui donneront lieu à de nombreux échanges entre spécialistes et praticiens, et notamment sur les approches modernes de la médecine chinoise. Si les traitements par laser ou infra-rouge sont des techniques que l’on rencontre de nos jours en acupuncture, je crois personnellement que l’utilisation des aiguilles et leurs manipulations manuelles demeurent encore aujourd’hui la méthode la plus efficace. L’usage de l’électricité dans les aiguilles peut parfois s’avérer utile, dans le cas de paralysie notamment.
GTao : Quels sont les objectifs de ce congrès ?
F. M. : D’une part, c’est ouvrir un espace d’échanges et de partage de connaissances et d’expériences entre des professionnels venus du monde entier. Et d’autre part, c’est aussi un acte politique. Organiser un congrès de cette ampleur en France (plus de 1000 participants sont attendus) peut contribuer à faciliter la reconnaissance de la médecine chinoise en France en tant que médecine à part entière. De nombreux partenaires seront ici réunis : la Fédération Mondiale des sociétés de médecine chinoise (WFCMS), la Fédération pan-européenne de sociétés de médecine chinoise (PEFOTS), la Fédération pan-européenne des spécialistes de MTC (PEFCTCM), l’Union française des professionnels de MTC (UFPMTC), la Fédération française de MTC (FNMTC), le Syndicat indépendant des acupuncteurs traditionnels (SIATTEC) et la Confédération française de médecine traditionnelle chinoise (CFMTC) pour citer les forces vives de cet événement. Nous avons demandé à M. Xavier Emmanuelli, entre autre fondateur et président du Samu social, et à Mme She Jing, ministre chinoise chargée de la médecine chinoise, d’être les présidents d’honneurs de ce congrès, ce qu’ils ont accepté.
GTao : Quelle est la nature de la reconnaissance que vous recherchez ?
F. M. : La médecine chinoise a aujourd’hui en France une reconnaissance sociale (les nombreux patients français qui nous font confiance en sont le témoignage), administrative (les professionnels sont souvent enregistrés dans le cadre des professions de santé non réglementées), mais pas encore de reconnaissance politique. Même si, à défaut de reconnaissance, il y a une tolérance importante. Mais elle n’a pas d’existence juridique, comme c’est aujourd’hui le cas pour les ostéopathes et les chiropraticiens. Notre objectif n’est pas d’obtenir le remboursement des soins par la Sécurité Sociale, mais une reconnaissance permettrait à nos patients d’être plus facilement pris en charge par certaines mutuelles.
GTao : Pensez-vous que la médecine chinoise fera partie des médecines de demain ?
F. M. : Cela pose surtout la question suivante : quelle sera la santé de demain ? Celle-ci évolue constamment. Elle devient aujourd’hui un souci pour chacun, et sa perspective et ses enjeux se sont élargis, notamment avec certaines approches propres à la médecine orientale telle la notion de « circulation d’énergie », ou celle d’équilibre yin-yang. La médecine chinoise a déjà bousculé la vision de la santé en France.