Plusieurs thématiques sont ici abordées. Christian Tissier nous livre ainsi son regard sur l’aikido dans le monde et en France aujourd’hui, sa vision de la pratique, sur un plan technique, mais aussi sur le message spirituel délivré par Me Ueshiba, fondateur de l’aikido; et sur un plan plus intime,il nous parle de sa relation personnelle à l’aikido.
L’aikido dans le monde et en France
GTao : En termes de diffusion et de notoriété, où en est l’aikido dans le monde aujourd’hui, 35 ans après la mort d’Ueshiba ?
Christian Tissier : L’aikido est pratiqué sur tous les continents. Il s’est fortement développé ces dernières années dans les pays de l’Est et du Golfe. La discipline jouit d’une image de bonne qualité et conforme aux souhaits du fondateur. Même si le niveau de pratique est assez disparate, le sens de la recherche semble assez correct et tout le monde en saisit à peu près le message.
GTao : Qu’en est-il de la France ? On a parlé de spécificité française de l’aikido. Qu’en pensez-vous ?
C. T. : La France est certainement le premier pays au monde en terme de nombre de pratiquants et le niveau global est relativement élevé.
Elle rayonne sur l’Europe, toutes fédérations confondues, pour ce qui est de l’enseignement et de la diffusion. S’il y a une spécificité française, c’est certainement dans l’approche pédagogique. L’étude par le geste et sa répétition est rehaussée par une analyse assez fine de la logique gestuelleen accord avec les principes fondamentaux. La France est aussi le premier pays où s’est implanté massivement l’aikido dès la deuxième moitié du 20e siècle.
Des experts renommés : Me Noro, Nakazuno, Tamura, ont, dès le début, par la qualité de leur enseignement et leur charisme, orienté la pratique dans sa spécificité par rapport au judo ou au karaté sur un plan technique équivalent, ce qui n’a pas toujours été le cas pour d’autres pays, qui n’ont pu bénéficier, dans les débuts, d’experts de très bon niveau. La France a été également une pépinière de jeunes gens attirés par le Japon — j’en ai fait partie — après Me Nocquet à la fin des années 60, début 70. O Sensei venait de nous quitter et le nouveau Doshu, son fils Kishomaru, devenait le guide d’une nouvelle génération d’aikidokas. Cette génération qui était la nôtre, a de nouveau orienté l’aikido français dans sa pratique et son leadership européen pour la qualité de sa technique. (…) En ce qui me concerne, j’ai le sentiment de représenter l’aikikai (1) et l’enseignement que je transmets est celui que j’ai reçu. (…) S’il y a qualité, c’est grâce à l’aikikai où nous avons été formés. Dans ce « nous », j’associe également Me Tamura.
GTao : Quelle est votre relation avec les autres courants d’aikido en France ?
C. T. : Ma relation personnelle avec les autres courants est bonne. J’ai beaucoup de respect et d’amitié pour leurs dirigeants et leur sincérité ne fait aucun doute. Sur le plan fédéral, il est vrai que c’est quelquefois tendu entre les élus des 2 groupes. Cela tient davantage à une... [
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