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De la Voie Martiale à la Voie de l’Autre

A l’origine, suivre la voie martiale signifiait devenir un «guerrier» accompli.

A l’origine, suivre la voie martiale signifiait devenir un «guerrier» accompli. L’apprentissage comprenait à la fois la maîtrise de techniques gestuelles et le maniement des armes, mais aussi un code d’honneur à respecter et des épreuves initiatiques à traverser, comme au temps des chevaliers. C’était un chemin spirituel qui correspondait à la vision d’une époque où les guerres étaient féodales, le rapport, aux choses et aux êtres, sacré. Se retrouver face à l’autre (et à la mort !) lors d’un combat était l’occasion d’un accomplissement individuel et d’une «victoire» sur soi-même.
Aujourd’hui, la guerre a pris une tout autre tournure, les armes ont évolué (!), le monde et la société ont changé, et si les valeurs chères aux Samouraïs peuvent toujours être d’actualité, sont-elles toujours viables ? Devons-nous considérer notre vis-à-vis comme un adversaire ou un partenaire ? Devons-nous continuer à progresser dans les arts martiaux en testant l’efficacité du mouvement ? Ou devons-nous chercher une autre voie, un autre rapport à l’autre ? Une autre manière de «contacter» le mouvement ? Parce que guerre ou sport, si l’enjeu est différent, il reste la volonté d’un résultat, et un constat né de ce résultat, celui qu’il y aura un vaincu et un vainqueur à l’issue de l’affrontement.
La voie martiale se fonde sur un équilibre, mais tend-elle vers l’harmonie ? Conflit ou combat, puis-je trouver l’harmonie en moi, ou avec mon voisin ? En me détachant de la martialité, est-ce que je ne risque pas l’écueil de «l’harmonie à tout prix» ? Quelle juste mesure trouver ? Par quoi, ou qui, suis-je guidé ? Qui est l’homme, la femme en face de moi ? Qui suis-je ? Où se trouvent ma part d’animalité et ma part d’humanité ? Comment résonnent-elles en moi ? C’est peut-être animées par toutes ces interrogations que de nouvelles disciplines ont vu le jour, de nouvelles voies ont été explorées. Peut-être las des rapports de forces, des gestes agressifs et des instincts de domination, des guerriers d’un autre genre sont partis en quête d’une nouvelle harmonie, d’une nouvelle rencontre.
Depuis la deuxième moitié du vingtième siècle en effet, des pratiques inspirées des arts martiaux asiatiques ont été créées et d’autres plus anciennes ont été revisitées. Explorant l’échange avec un ou plusieurs partenaires, elles ont placé la recherche d’harmonie au centre de leur démarche. En les répertoriant dans une liste non exhaustive, deux courants essentiels nous sont apparus :
- l’un issu des arts internes chinois avec les pratiques du tui shou, traduit par «poussées de mains» ou «mains collantes»;
- l’autre issu des arts japonais développés après la seconde guerre mondiale au travers de l’aïkido de Morihei Ueshiba, du kinomichi de Masamichi Noro, du shintaïdo d’Hiroyuki Aoki ou de l’école de Sumikiri créée par Jean-Daniel Cauhépé.
Mais pourquoi distinguer deux courants ? Parce que ces pratiques sont nées et ont évolué très différemment :
Si l’on observe la tradition chinoise, celle-ci considère en effet la dimension martiale comme essentielle. La «mise en situation», c’est-à-dire le combat, permet de développer des qualités énergétiques de défense nécessaires à l’équilibre de l’organisme et à la construction de l’individu : l’équilibre yin-yang en soi et avec le monde. Ainsi je pratique avec un partenaire dont la réaction aiguise mon attitude dans la vie et fortifie ma sphère énergétique (voir article sur le Bagua Zhang). Sans cette opposition et cette présence incarnée par le «réalisme martial», comment trouver la justesse de mon enracinement et comment puis-je partager ce que j’ai à offrir ?
Puis peu à peu, les arts chinois ont été transmis au reste du monde. Les Occidentaux ont imprégné la pratique, et notamment la pratique à deux (le tui shou), de leur empreinte. Interprétée différemment, revisitée au travers du filtre occidental, il y est toujours question d’échanges et d’harmonisation des énergies, mais aussi de sentiment et de découverte de soi (voir article sur le tui shou et l’interview de Thierry Alibert).
De l’autre côté de la mer de Chine, au Japon, le contexte est différent. Le «Do», littéralement traduit par la «Voie» a depuis longtemps tenu une place essentielle dans la tradition japonaise. Pratiquer un art martial signifiait : «se mettre en route…». Et puis, il y a eu un homme, Morihei Ueshiba, qui en créant l’aïkido, la «voie de l’harmonisation par le ki», s’est clairement détaché de la dimension martiale. Son «changement de cap» a insufflé une nouvelle vibration à la tradition des arts martiaux japonais : la «réalisation de l’amour» par le mouvement. C’est cette vibration qui anime le kinomichi de Masamichi Noro et l’école de Sumikiri de Jean-Daniel Cauhépé. C’est aussi le message d’amour, de partage et d’ouverture d’Hiroyuki Aoki dans le Shintaïdo. Quatre voies très proches du message christique qui ont créé un pont avec l’Occident, quatre voies nées après la destruction atomique de Nagazaki et Hiroshima. Mais ceci est une autre histoire…
Mais alors, quand la recherche d’harmonie est placée au cœur de la pratique, doit-on toujours parler d’arts martiaux ou doit-on parler de jeu, ou plutôt de danse ?
La réponse reste sans nul doute contenue dans un seul mot : Tao, autrement dit la «Voie». La voie de l’autre, comme un autre soi, un miroir réfléchissant, un compagnon de route, un partenaire qui me donne à voir qui je suis et me permet d’évoluer.

Infos

Nb de pages : 2
Parution : 04 avr 2007

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Détails

Extrait du mag :
Génération Tao 28
Extrait du dossier :
De la voie martiale à la voie de l’autre

Auteur(s) :
Delphine L'Huillier

Mots-clefs
Arts martiaux, Mouvement , Chine, Europe, Japon , Budo, Wushu , Aïkido, Bagua, Dojo, Relation, Tai Ji Quan, Tao, Tui Shou, Yin-Yang, Zen

Difficulté de lecture
Facile

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