GTao : Quand avez-vous découvert le Taiji ?
Dr. Yang Jwing-Ming : J’ai commencé la pratique à neuf ans, après la guerre de Corée. La nourriture manquait alors souvent à la maison. J’ai développé un ulcère. Jusqu’à mes 15 ans, j’ai pratiqué assidûment avec mon maître qui a vu que je n’allais pas bien. Il m’a conseillé la pratique du Tai Ji Quan.
GTao : C’est surprenant !
Dr. Y. J. M. : En effet, surtout à cette époque où aller voir un autre maître était synonyme de trahison car on pouvait livrer les secrets. Mais heureusement, ce dernier avait l’esprit ouvert. Il fut cependant difficile de trouver un maître qui veuille bien m’apprendre. Il ne s’agissait pas de trouver un professeur et de le payer comme on le fait ici. Traditionnellement, il n’y a pas de rapport d’argent entre le maître et l’élève. C’est un rapport de personne à personne, donc d’un engagement personnel pour l’un et l’autre. Heureusement, il y avait à côté de mon école un jeune professeur qui a accepté de m’enseigner le Tai Ji Quan. Six mois plus tard, je n’avais plus mal au ventre ! Si j’ai continué le Taiji, ce n’est donc pas parce que j’aimais, j’étais trop jeune, mais parce que cela m’avait fait du bien ! Je suis parti ensuite à Taipei pour mes études universitaires et c’est là que j’ai suivi mon maître.
GTao : Quelle forme avez-vous appris ?
Dr. Y. J. M. : Celle-ci venait de Yang Ban Hou ; elle est différente de celle de Yang Cheng Fu. Dans les classiques du Taiji, on peut lire : « Le corps bouge comme des pièces de monnaies le long d’une ficelle ». — Ndlr : les pièces de monnaies chinoises ayant un trou en leur centre, elles pouvaient être enfilées sur une cordelette —. C’est exactement l’image des vertèbres et du mouvement de fouet de la colonne vertébrale. Mais Yang Cheng Fu a enlevé cette notion en 1928. Il a changé les postures et surtout a éliminé les mouvements de la colonne vertébrale. Etant le premier maître de Taiji à avoir enseigné à des non Chinois, la société conservatrice l’a obligé à retenir son enseignement, et c’est ainsi qu’il a trouvé un compromis. Or sans mouvement de la spirale, il n’y a pas de jin. Sans jin, on ne peut pas se servir du Tai Ji Quan.
GTao : Dans vos séminaires, utilisez-vous des termes chinois ?
Dr. Y. J. M. : J’essaye toujours de mixer. L’important dans les termes chinois est de comprendre leur sens. Si les élèves connaissent les mots sans en connaître la signification, ça n’a aucun intérêt. Les Chinois utilisent le Chinois parce qu’ils en comprennent le sens. Aujourd’hui, beaucoup de gens veulent apprendre l’acupuncture. Ils apprennent les points de méridiens : 6 VB, 14 GI… mais ça n’a aucun sens. Chaque point à un nom très clair et précis en Chinois qui apporte une grande précision quand à la nature du point lui-même. Comment voulez-vous avoir cette précision en entendant 6VB, 14 GI ? Vous perdez le contact.
GTao : La culture occidentale s’attache plus à l’image qu’au mouvement. N’est-ce pas une limite pour l’apprentissage ?
Dr. Y. J. M. :... [
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