
I’m gonna lay down
my sword and shield
Down by the riverside
Ain’t gonna study war no more ...
(chant Gospel)
Un temps d’automne, un temps à se souvenir, à sentir le chemin parcouru, à vivre celui qui naît à chaque touche. Fermer un instant les yeux pour se retrouver sur ce petit mont, près de la chapelle, le vent de septembre, le soleil à travers les branches et sur la campagne environnante… J’aime cet endroit, calme, serein, chargé du passé, de ce terroir plein de rudesse et de cœur. Ces gens de la Terre, ma Terre, celle des vacances de mon enfance. Un peu trop rêveur déjà, un peu trop… humain. Je me souviens de ces courses à travers les champs, les rires essoufflés, les batailles dans les maïs formant des armées de Lanciers imaginaires… Et puis cette photo, ce petit garçon dans son costume de Chevalier le matin de Noël. Ces yeux qui sourient timidement et qui semblent dire : "Et toi, qu’as-tu fait de tes rêves d’enfant ? Que deviens-tu, qui deviens-tu ?". Mon cœur sait, mais mes semblables auront-ils des oreilles et des yeux pour comprendre ? Quand il m’arrive de croiser le regard de ces enfants martyrisés au détour d’une actualité télévisée toujours aussi déprimante je me demande ce que je peux y faire. Frères humains, où est réellement le combat, où se cache l’ennemi ? Pourquoi cette tristesse parfois et cette impression d’échec face à la bêtise, comme si mon bouclier me pesait lourd et qu’il ne me serve pas pour avancer dans ce marécage de non-compréhension et de violence. Ma voie n’est pas dans l’opposition, ma voie se fait sur le sentier d’à côté : "Au sein de ce cercle, tu ne rencontreras que toi !". Et au cours de ce passage sur terre aussi. Je transmets un Art, un Art de la Terre, des Racines, des Arbres. J’enseigne le Bâton, le Tuatha Penn Bazh. Il pousse et vibre au gré des pluies bénéfiques et des vents changeants, il me parle et je le raconte à ceux qui veulent l’apprendre, comme une histoire d’Effort et de Bois. Prêtez l’oreille, approchez de votre intérieur et écoutez… Cela fait quatre ans maintenant… A l’époque, je pratiquais un style "fédéral". Le Bâton était surtout employé pour apprendre l’amplitude gestuelle. Je prenais beaucoup de plaisir à partager ma "foi" lors des assauts libres de fin de cours. Un soir, après un de ces entraînements où la qualité d’échange et de complicité m’avait empli de ce "je-ne-sais-quoi" indéfinissable de Paix et de sourire, je rentrai chez moi. Au milieu de la nuit, je me suis réveillé, tout à fait lucide et reposé, j’ai pris mon cahier et écris tout ce que je voyais, tout ce qu’on me donnait : les différentes gardes avec leurs distances, les mouvements amples et ronds, les techniques d’attaques, de parades, d’esquives, les exercices respiratoires et de manipulation, la signification du cercle, du carré, du triangle, de la croix, espace de rencontre, du Jeu ! La Joute, la Joute au Bâton ! C’est ce savoir que j’enseigne maintenant. J’ai hésité longtemps avant d’en parler aussi ouvertement, reconnaissant ceci au genre humain, c’est qu’il n’est pas toujours prêt à s’ouvrir au nouveau. Et puis le monde des Arts martiaux est souvent un peu hermétique à toute forme ne portant pas une estampille asiatique ou ne pouvant justifier d’au moins trois cents ans de pratique. Pour ma part, la Tradition n’est pas un monolithe sclérosé voué à ne pas suivre les courants de l’évolution. En constatant enfin l’apparition de techniques de plus en plus meurtrières et leurs promotions (combats ultimes etc..), j’ai quelque inquiétude pour notre troisième millénaire !
Très franchement, pratiquant, enseignant, comment peux-tu apprendre à détruire si tu apprécies construire ? Comment peux-tu parler de donner la mort quand nous ne savons même pas jouir de nos simples et merveilleux instants de Vie ? Je me souviens de ces photos d’O Senseï Ueshiba tout sourire affiché, et de Ghandi avec ce trait sous sa moustache qui remontait ses lunettes quand il riait, et le doux regard malicieux et sage du Dalaï Lama. Que faut-il sacrifier à la Paix pour que les hommes comprennent ? Les grands hommes le sont parce qu’ils sont simples et bons, qu’ils ne cherchent pas leur bonheur mais LE bonheur. Il n’y a pas d’épreuve, pas de coupure, pas de meurtrissure en dehors de ce qu’il nous fait plaisir de subir ou de mettre en place ! Seigneur, comme il me vient parfois l’envie de crier, d’arrêter, de hurler : "Ce que je veux vous dire à travers mon Art, c’est que je vous aime !". Je ne peux pas vous dire tout ce que je ressens quand je vous vois sourire de complicité ou douter de vos capacités afin que vous puissiez faire l’Effort de l’expérience et de la compréhension par vous-même. Je suis un simple pratiquant. S’il existe un Maître, que ce soit votre cœur et votre humour, non l’arrogance ou la condescendance, pire, la crainte ; l’autre nom de "respect" pour ceux qui pratiquent la soumission à "celui qui donne la leçon". Le véritable respect est une expression libre de l’amour. L’Effort c’est aussi se reconnaître dans nos semblables, sans jugement, sans possessivité. Laisser le choix, ouvrir le dialogue, et avant tout pratiquer avec le cœur et l’envie d’évoluer. Je remercie ceux qui ne comprennent pas, ceux qui profitent, ceux qui se gaussent, car pour chacun d’eux un Juste verra le jour. Pour chaque sourire une bénédiction, pour chaque écueil une élévation !