Conte médiéval

Les vagues venaient s’écraser sur les rochers un peu en contrebas, comme si elles pétrissaient encore et encore cette Terre, ne cessant de la caresser, de la recouvrir, d’échanger de leur élan contre son enracinement...
Les vagues venaient s’écraser sur les rochers un peu en contrebas, comme si elles pétrissaient encore et encore cette Terre, ne cessant de la caresser, de la recouvrir,
d’échanger de leur élan contre son enracinement. Semblant respirer puis se laisser submerger, les rochers filtraient ce flux et reflux, reprenant un peu d’air avant la prochaine vague. Le vent à son tour descendit vers la grève et se mêla au ballet. Enflant du haut de la falaise, il fondit sur la crête des vagues, comme un aigle, enlevant au passage d’un coup d’aile quelques goutelettes effleurant les rochers. Le feu durait depuis la nuit des temps. Ils le savaient et l’appréciaient ainsi. Revenant de sa course, le vent remonta la falaise, si près de la matière qu’il sembla la percuter, puis tournoyant en s’élevant, il aperçut le nouveau venu et courut sur lui. La cape gonflée comme la voile d’un navire, les cheveux battant l’air et fouettant son visage, les yeux se plissaient un peu. Il huma l’air qui lui apportait un peu du sel humide de la mer et, tendant les bras, brandit son bâton au-dessus de sa tête et laissa le vent le bousculer. Un sourire monta de son coeur vers son visage. Comme il est bon de revenir sur sa terre. Après tant d’années, la suite de la quête. Comme il est bon de pouvoir s’appuyer encore sur ce bon compagnon de bâton. Comme il est bon d’être vivant, sur ce versant de la falaise. Le seul habitant du lieu l’attendait. Bien campé sur sa base, défiant le temps, le vieux chêne savait et les saisons étaient passées depuis la venue de l’homme. Seul importait le moment présent. L’échange allait pouvoir se faire. Depuis ce Don, il y a si longtemps, d’une part de son savoir à cet être par ce Bâton, l’enrichissement de la Quête allait pouvoir se transmettre. Il y a si longtemps, l’apprentissage ; les heures à sentir le vent volter, se dérober puis revenir, les vagues s’arrondir, submerger, s’apaiser ; les rochers arrêter, parader, grandir : toute la richesse de son art du Bâton se trouvait là, à portée du coeur. Pour celui qui savait regarder et rester humble, pouvoir ainsi partager la communion avec la Nature. Jeune élève, vieux maître. Sa main maintenant caressait le tronc, déchiffrant les crevasses, s’imprégnant de cette rude noblesse. “Voici la fin de la Quête, Noble vieillard”.
Ses yeux se fermèrent, son sourire grandit.“ Je te ramène ton précieux don, il porte les images et les impressions de mes voyages sur les lointains continents. De tous mes rêves de gloire, un seul se réalisa : celui de me trouver et ainsi d’offrir à mes semblables ton cadeau, car c’est dans le Don que l’on grandit, et que le coeur vit éternellement”.
S’enveloppant dans sa cape, il s’endormit dans les racines de l’arbre, son bâton
à ses côtés, bercé par le doux murmure des vagues, chauffé par le vent tiède de ce soir d’été. Demain serait une autre vie. Il fallait savoir tout donner pour pouvoir mieux renaître.