Bien des cultures ont cherché à se représenter l’organisation du corps humain d’une manière globale. La médecine grecque, avec la théorie des humeurs, l’incluait dans les quatre éléments de base, l’astrologie médiévale, couplant douze régions du corps chacune avec un signe zodiacal, le reliait à la configuration du ciel. Puis vint la Renaissance et l’investigation de l’intérieur du corps par le scalpel des chirurgiens. Le premier ouvrage d’anatomie expérimentale obtenue par dissection paraît au milieu du XVIe siècle. Et son auteur, André Vésale, le médecin de Charles-Quint, lui donne un nom significatif : La fabrique du corps humain (De corporis humani fabrica). Le corps n’est plus considéré comme un ensemble vivant, mais comme une usine, un agrégat de machines. C’est l’avènement de la parcellarisation mécaniste du corps, le triomphe de la notion d’organe, en droite ligne de son origine grecque organon : outil, instrument. Pour l’esprit chinois, le corps humain, comme tout ce qui est vivant, n’est ni production matérielle de la terre, ni projection cosmologique du ciel, mais rencontre perpétuelle entre structuration visible et animation subtile. Et comme tout système complexe, il fonctionne à la manière d’un pays, délimité de l’extérieur par la muraille de sa peau, en communication avec son milieu par ces portes que sont les organes sensoriels. Ceux-ci assurent dans le fonctionnement corporel le même rôle que les fonctionnaires dans... [
Acheter la version complète]