L´été s´en est venu, cette année comme jamais, avec ses chaleurs excessives. L´été s´en est allé, cette année comme toujours, avec un goût de regret. Il a laissé la place à l´automne. Les feuilles partout roussissent, comme les tissus qu´on expose par mégarde trop longtemps à la chaleur sans flamme d´un fer à repasser. L´été est fini, nous laissant une moisson de souvenirs et une sourde nostalgie au cœur. La nostalgie est une sorte de douleur (de la racine : algie), une crainte au sujet de l´incertain retour (en grec : nostos) de ce qui est passé. A l´origine, la nostalgie désignait le regret obsédant du pays natal ou d´un lieu où l´on avait longtemps vécu. Et puis il est devenu le nom du regret que l’on éprouve pour une époque révolue ou une occasion perdue. «Les sanglots longs des violons de l´automne, bercent mon cœur d´une langueur monotone», les vers de Verlaine disent bien ce sentiment que l’on a tous éprouvé, sans parfois parvenir à se l´exprimer, Saint-Exupéry l´appellera : «la mélancolie d´on ne sait quoi». Mélancolie est aussi un mot grec. Médical à l´origine, il désignait une bile (kholos) noire (melas) dont l´excès produisait, pensait-on, une tristesse profonde et un pessimisme généralisé. Gérard de Nerval ne chantait-il pas le «soleil noir de la mélancolie». C´était pourtant une idée nouvelle à son époque, car la génération précédente, celle de Baudelaire, parlait plutôt de spleen, un mot dont le sens propre en anglais est : «rate», mais qui est aussi d´origine grecque. Il signifiait dans l´antiquité une sorte de mélancolie, sans cause apparente, caractérisée par une inapaisable lassitude de toutes choses. Les romantiques s´en feront un blason et... [
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