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La liberté est-elle naturelle ?

Idées au gramme

Le chinois n’est pas une langue, c’est une écriture. Unique au monde, cette particularité enrichit le dialogue avec les Chinois, mais parfois aussi le complique. Car la simple traduction d’un caractère en mot ou d’un terme en caractères écrête l’information qui est rajoutée par les signes avec lesquels les idéogrammes sont composés en chinois. Dans cette rubrique, C. Javary explique les caractères correspondant à diverses idées importantes qui nous sont familières dans le but de découvrir et mieux comprendre ce qu’elles recouvrent d’un point de vue chinois.

La nature est-elle libre ? L’insolite de ces questions tient aux mots avec lesquels nous les posons. En français, la liberté est un idéal, le mot vient de l’ancienne racine indo-européenne leudh désignant l’idée de s’élever, principalement dans le sens d’affranchissement d’un esclave. Quant à nature, c’est «ce qui est né», le terme est un substantif formé à partir de natus, participe passé du verbe latin : «naître». La raison de cela est lointaine et religieuse. Les peuples indo-européens ont en commun l’idée qu’il y a un, ou des, dieu(x) créateur(s) dont la nature est la manifestation de leur œuvre. En l’appelant nature, nous entérinons cela, car tout «ce qui est né» à un père. Une mère aussi bien sûr, mais les grandes religions indo européennes privilégient plutôt les dieux masculins.

«Ce qui est»
A l’est du Tibet, on pense différemment. «Ce qui est né» y est nommé «ce qui existe par sa propre existence». Nature se dit en chinois avec un binôme associant deux idéogrammes dont le premier signifie : «par soi-même, de soi-même», et le second, un caractère complexe regroupant un signe apparenté aux anciennes divinations, un autre qui évoque les effigies des chiens de paille, et le troisième celui du feu sacrificiel dont l’ensemble forme un verbe d’état signifiant «ce qui est». Pour l’esprit chinois, la nature est donc «ce qui existe de par sa propre existence». Ce n’est le résultat d’aucune création, mais celui du simple «fonctionnement des choses» comme le propose si bien J. F. Billeter pour traduire le mot Tao, la manifestation de ce que le père Larre appelle de son côté «un mouvement primitif, sans origine connaissable et sans fin prévisible, se laissant apercevoir dans un miroir de bronze obscur».
Les conséquences de ce point de vue sont importantes. Alors que les Indo-européens se vivent... [Acheter la version complète]

Infos

Nb de pages : 1
Parution : 04 avr 2007

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Détails

Extrait du mag :
Génération Tao 29

Auteur(s) :
Cyrille J. D. Javary

Mots-clefs
Culture & Société , Chine , Philosophie , Tradition , Idéogramme, Tao

Difficulté de lecture
Moyen

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