Aimer d’amour ou d’amitié ? Qui ne s’est un jour posé cette question. Chacun y répond à sa manière et chaque civilisation à sa façon. La Chine, qui s’en étonnerait, en a fait d’abord une affaire de souffles et pour finir une question sociale. L’idéogramme "aimer" dans sa forme classique(1) est composé de trois éléments superposés. En haut, la contraction d’un signe d’incorporation(2), au-dessous le signe du cœur(3) commun à tous les caractères écrivant des sentiments, et en bas la graphie dite de la "marche entravée"(4). L’histoire commence avec la représentation d’un être humain la bouche grande ouverte devant laquelle est un souffle. Le sens dépend alors du mouvement de ce souffle. S’il va vers l’intérieur, comme une sorte de hoquet, il sera l’image d’un manque ; s’il est dirigé vers l’extérieur, comme une sorte de rot, il sera la marque d’une plénitude. Bien qu’aujourd’hui les traits du pinceau ne le laissent plus voir, à l’origine, ces deux notions antagonistes étaient écrites avec le même caractère, seulement retourné selon une symétrie droite-gauche. Le signe du manque se retrouve, combiné avec terre, dans le nom du trigramme Kan, le ravin, l’endroit où la terre manque. Celui du trop plein, combiné avec le signe d’un bol de riz, dans le caractère signifiant déjà (le repas déjà mangé), dans le nom du 63° hexagramme Déjà Traversée. C’est à partir de ce dernier que la forme la plus ancienne du caractère "aimer" va se construire, associant l’idée d’emplissage(2) avec le signe du cœur(3) : l’amour est d’abord ce qui... [
Acheter la version complète]