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Du mauvais usage de l’autruche en médecine chinoise

La chronique de Patrick Shan

« Ma WeiHua est une vieille, elle a vingt-neuf ans. Dans une gare, les policiers ont trouvé de l’héroïne sous ses vêtements. En Chine, c’est passible de la peine de mort. Il y avait un hic, malgré tout...

« Ma WeiHua est une vieille, elle a vingt-neuf ans. Dans une gare, les policiers ont trouvé de l’héroïne sous ses vêtements. En Chine, c’est passible de la peine de mort. Il y avait un hic, malgré tout. Ma WeiHua était enceinte et, si la justice communiste chinoise est sévère, elle sait se montrer humaine. On n’exécute pas une femme enceinte. A Lanzhu, où cette histoire se passe, les policiers de la brigade des stupéfiants ne s’émeuvent pas pour si peu. Ils ont conduit WeiHua à l’hôpital et là, malgré ses protestations, anesthésie pour qu’elle arrête de crier, avortement pour qu’elle arrête d’emmerder. Le correspondant de « La Repubblica » rapporte ce qu’a déclaré le Directeur de la Sûreté publique de Lanzhu à la presse locale : « Le Code ne doit pas devenir une arme aux mains des trafiquants pour échapper au châtiment ». Peloton d’exécution pour Ma WeiHua ? Injection létale ? Déjà tuée ou pas encore ? L’information chez les communistes est un secret des dieux. Le consolant : Ma WeiHua ne laissera pas d’orphelin derrière elle. »Extrait de la chronique « Les lundis de Delfeil de Ton », Nouvel Observateur du 4 novembre 2004. A l’époque où la Chine — et sa médecine — reposait sur une autre philosophie que celle du camarade Mao, un certain Confucius disait : « Les lois doivent être écrites durement pour pouvoir être appliquées avec mansuétude ». Les temps, visiblement, ont changé. Et chacun sait que l’histoire de Ma WeiHua n’est actuellement qu’une goutte d’eau dans l’océan d’indifférence pour les droits de la personne humaine en Chine.
Il serait bon que tous ceux qui s’intéressent à la médecine traditionnelle chinoise ne perdent pas cette réalité de vue : la Chine d’aujourd’hui a à peu près autant de rapports avec celle qu’a connue Lao Tseu, que l’Egypte moderne avec celle du temps des pharaons. Au plan humain — qui normalement concerne la médecine —, la Chine moderne n’est autre qu’une dictature, dans laquelle se déroulent plus de condamnations à mort (et se vendent plus d’organes desdits condamnés) que dans tous les autres pays du globe réunis.
En médecine traditionnelle, l'homme ne peut être compris séparément de son milieu. Confucius — encore lui — disait que « le piètre médecin ne s'intéresse qu'à la maladie ; le bon médecin s'intéresse au malade ; le grand médecin s'intéresse à la société humaine ». Partant de cette idée, n’y a-t-il pas un certain côté Ponce-Pilate chez les praticiens qui refusent de voir la situation humanitaire en Chine, en disant : « Moi, je fais de la médecine, pas de la politique » ? La médecine chinoise, étatisée depuis la révolution culturelle, se trouve aujourd’hui sertie dans l’écrin de cette dictature. C’est un fait, qui a une conséquence que nous ne mesurons pas toujours : lorsque nous établissons des liens de collaboration avec des officiels chinois de cette médecine, en Chine comme en Occident, nous devons prendre garde à ne pas fournir au système auquel ils appartiennent une caution politique. Par ignorance ou par déni, mais en général par intérêt, beaucoup d’Occidentaux jouent avec la Chine à la politique de l’autruche. Dans le monde des affaires ou de la diplomatie, cela n’a rien d’étonnant. En médecine, c’est plus discutable. Question de déontologie. Comment ne pas tiquer devant l’usage que font certains de l’anesthésie et de l’avortement ? Quand on se veut le représentant d’une médecine respectueuse de l’homme et de la nature, cela donne quelques responsabilités. Il serait parfois bon que les praticiens et enseignants occidentaux de médecine chinoise se montrent un peu moins complaisants à l’égard de leurs « hôtes » ou « invités » chinois, et expriment un peu plus souvent et clairement leur opinion sur la situation des droits de l'homme dans ce pays, s'ils ne veulent pas que le terme « collaboration » revête un jour une signification qu'ils n'ont pas prévue.

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Nb de pages : 1
Parution : 21 déc 2004

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Extrait du mag :
Génération Tao 35

Auteur(s) :
Patrick Shan

Mots-clefs
Culture & Société , Chine , Médecine chinoise , Confucius

Difficulté de lecture
Facile

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