
Art martial et sport national chinois, culture et tradition d'une richesse inépuisable, le Kung Fu Wu Shu est pratiqué par les jeunes, les adultes et même les plus âgés. Plus que cela, il est aussi un art de vivre. Origines légendaires, figure emblématique de Bodhidharma, notion de Kung Fu Wu Shu souvent mal comprise, différences entre styles internes et externes, rôle du Qi Gong. Pour s’y retrouver, en quelques lignes…
Que signifie KUNG FU WU SHU ?
Kung Fu : Accomplissement par un effort humain
Wu Shu : art martial dans le sens de "chevaleresque"
Kung Fu Wu Shu : Accomplissement de l'homme par les arts martiaux
Les origines : entre histoire et légende
Lorsque l’on évoque les origines du Kung Fu Wu Shu, tout le monde aime citer le père légendaire du Kung Fu Wu Shu, le moine indien Bodhidharma, ou Da Mo, suivant le nom qu’on lui donne. Il quitta son pays natal vers l’an 600 avt. J.-C. pour diffuser la connaissance du bouddhisme (voir aussi p. 11). Et c’est en Chine, plus particulièrement au fameux temple de Shaolin, qu’il trouvât de nouveaux disciples capables de recevoir et de comprendre son enseignement. Les moines, rompus aux pratiques traditionnelles chinoises, notamment taoïstes, et préparés par l’enseignement de Lao Tseu (le fondateur du taoïsme), l’accueillirent comme un Eveillé, un Bouddha (qui signifie littéralement "l’Eveillé").
Selon les mêmes sources, l’art martial indien (le Kalarippayat) emmené des terres hindouistes par Da Mo aurait vécu au contact des techniques chinoises de combat la même alchimie que le bouddhisme indien qui se transforma en bouddhisme Chan (plus connu sous son appellation japonaise, le Zen), pour devenir cette merveilleuse gestuelle de combat à mains nues ou avec armes, le Kung Fu Wushu de Shaolin.
Les arts martiaux Chinois ont ainsi essaimé dans tout le continent asiatique, prenant des noms divers et le plus souvent celui de la famille fondatrice du style. Puis c’est par l’île d’Okinawa, qui fut envahie par les Japonais, que les styles de Wushu comme celui de Shaolin se répandirent au Japon pour ensuite arriver en Europe via les Américains, après la défaite de l’Empire du Soleil Levant. Cette diffusion s’étendit dans le monde entier, soit en précédant, soit en suivant les traces philosophiques du bouddhisme Chan. D’autres temples chinois moins connus que le temple de Shaolin, comme celui du temple du mont Wudang ou du mont Emei, développèrent d’autres courants martiaux plus influencés par le Taoïsme, ainsi que d’autres pratiques plus animistes. L’ensemble des pratiques martiales chinoises est recensé à plus de quatre cents styles à mains nues et avec armes.
NEI GONG et QI GONG
En Chine, chaque courant religieux, ou mouvement spirituel, chaque école martiale ou chaque style artistique, qu’il soit interne ou externe, avait son propre Nei Gong ("travail interne"), à l’image du Nei Gong bouddhiste de Shaolin ou du Nei Gong taoïste du Taï Ji Quan. Aujourd’hui, toutes ces techniques ont été rassemblées sous le terme contemporain de Qi Gong qui veut dire "travail de l’énergie". Sous cette appellation, on peut ainsi trouver des techniques édulcorées de gymnastique de santé et des techniques plus profondes de transformation de l’être. Cette distinction théorique est beaucoup plus complexe dans les faits. Ne soyez donc pas étonnés des lectures de l’histoire quelque peu différentes décrites par Jean-Michel Chomet ("Nei gong, le travail de l’interne") et par Ke Wen et Dominique Casaÿs ("Les origines du Qi Gong"). (voir p. 10 et p. 12)
Les STYLES INTERNES
Appelés "Nei Jia" ("Jia" : école et "Nei" : interne, prononcé "Neye Djia"), ils sont caractérisés par une écoute du mouvement interne du corps (la motilité) pour organiser l’apprentissage d’une forme exécutée (dans un 1er temps) en vitesse lente (la mobilité) avec des mouvements plus ronds, plus doux, des techniques plus souples qui favorisent la manifestation de l'énergie cosmique qui coule en nous : le "Qi" (prononcez "Chi"). Cette recherche fait souvent référence aux conceptions taoïstes du Temple de Wudang. Citons les principaux styles :
•le Taï Ji Quan ou "boxe de l'ombre" (prononcé "Taï Chi Chuan") est caractérisé par des mouvements d'origine martiale effectués dans une lenteur et une grâce cachant aux yeux du novice l'efficacité en combat des pratiquants. Il est qualifié par les Chinois de gymnastique de santé et de longévité propre à améliorer les capacités naturelles de chacun grâce à un travail harmonieux basé sur la libre circulation de l'énergie. Le plus ancien des styles de Taï Ji Quan est celui de la famille Chen (voir p. 22) qui donna naissance au plus pratiqué des styles dans le monde, celui de l'école Yang (voir p. 26). Citons d’autres écoles majeures : le Sun, le Wu et le Hao (voir p. 18 ).
•le Ba Gua Zhang ou "paume des huit trigrammes" (prononcé "Pakoua Zang") : le pratiquant tourne autour du symbole du Yin-Yang ou d’un arbre en s’harmonisant aux mouvements célestes spiralés. Il intègre ainsi la mutation des énergies des trigrammes et des hexagrammes dont la science est contenue dans le Yi Jing. (voir p. 38)
•le Xing Yi Quan ou "boxe d’union de la forme et de l’intention" (prononcé Shing I Chuan) est le plus direct et le plus sec des styles internes. La rondeur est verticale et comme collée au plus près du corps, à l’image d’une roue se déplaçant, pour se traduire dans la maîtrise souple des trajectoires brisées et explosives. (voir p. 40)
Tous ces styles internes ont en commun le prolongement de leur pratique dans des exercices de contact et d'écoute du partenaire appelés "Tui Shou" (poussées de mains).
YI QUAN ou DA CHENG QUAN
A la frontière des pratiques internes et externes, le Yi Quan (prononcé "I Chuan") a comme particularité l'absence de formes préétablies ("Tao Lu"). Il est aussi connu sous le nom de Da Cheng Quan. A partir des postures particulières de Qi Gong, le pratiquant se meut spontanément dans une alternance de lenteur, de rapidité et d'explosion, seul ou avec un partenaire. (voir p. 42)
Les STYLES EXTERNES
Appelés "Wei Jia" ("Jia" : école et "Wei" : externe, prononcé "Weye Djia"), ils se réfèrent en Europe pour la plupart au fameux Temple de Shaolin fondé dans le Henan, sur le mont Songshan, en 496 de notre ère. En Chine, l’histoire du Kung Fu Wu Shu intègre l’histoire de Shaolin, mais Ses origines sont bien plus anciennes et remonteraient jusqu’au Shuei Jiao (prononcé "Chueye Djiao"), la lutte Chinoise qui se trouve d’ailleurs à l’origine du Sumo et du Judo Japonais. On attribue en effet de nombreux récits légendaires aux origines du Kung Fu Wushu et des arts martiaux asiatiques en général, chaque région ou chaque pays s’attribuant la paternité de tel ou tel style, quitte à faire des entorses à l’histoire, le principal étant de "sauver la face". Citons les boxes qui empruntent leur style au comportement animal (comme le singe, l'aigle ou la mante religieuse), les boxes de comportements (comme l’homme ivre ou la boxe des culbutes), les 18 armes du Kung Fu Wu Shu (lance, bâtons, épée, sabre, etc.).
Au Nord du Fleuve Long, on trouve les styles du Chang Quan dont le style de Shaolin, réputés pour leurs techniques de jambes, de sauts, de virevoltes qui en font un style spectaculaire très apprécié des jeunes. (voir p. 51) Au Sud, le Nan Quan réputé pour ses techniques de bras, de pas fermes et de mouvements vigoureux. Il est sans doute à l'origine des arts martiaux japonais. (voir p. 53)