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Le goût subtil du silence

La perception du silence dans un lieu est moins affaire de son, que de sens. Résonance entre soi et le monde qui appelle le recueillement, le calme, la disparition de toute diversion, de toute sollicitation, la saisie de soi dans l’espace. Le silence ouvre à la profondeur du monde, il force à la métaphysique en soustrayant les choses au murmure qui les enveloppe d'ordinaire, libérant ainsi leur puissance.

La perception du silence dans un lieu est moins affaire de son, que de sens. Résonance entre soi et le monde qui appelle le recueillement, le calme, la disparition de toute diversion, de toute sollicitation, la saisie de soi dans l’espace. Le silence ouvre à la profondeur du monde, il force à la métaphysique en soustrayant les choses au murmure qui les enveloppe d'ordinaire, libérant ainsi leur puissance. Il coupe des orientations qui apaisent la relation aux objets, ou aux autres en confrontant l'homme à la concrétude de faits dont il découvre combien ils lui échappent, combien le sens qui rend l'univers familier est une convention fragile, une surface heureuse d'évidences faisant oublier l’abîme qu'elles renferment ou le mystère plutôt qu'elles cherchent à atténuer.

Sa quête
La quête du silence est la recherche subtile d’un univers sonore paisible appelant la dissolution de soi dans un climat propice. Le silence est un gisement moral dont le bruit seul est l'ennemi, il ouvre une voie de repli en soi pour renouer le contact avec le monde, procurant ainsi un sentiment aigu d’exister. Allié à la beauté d'un paysage il est un chemin menant à soi, à la réconciliation avec le monde. Il déblaie le désordre du chantier intérieur. Moment de suspension où s'ouvre un passage octroyant à l'homme la possibilité de retrouver sa place, de gagner l’apaisement. Moment de dépouillement qui autorise à faire le point, à prendre ses marques, à retrouver une unité intérieure, à franchir le pas d'une décision difficile. Provision de sens, réserve morale avant le retour au vacarme du monde et aux soucis du quotidien. Le recours à la campagne ou au monastère, à la forêt ou au désert ou simplement au jardin apparaît comme un ressourcement, un temps de repos avant de s'immerger dans le bruit entendu au sens propre et au sens figuré d'une plongée dans la civilisation urbaine.

Ses lieux
Les lieux de culte ou les jardins publics, les cimetières, forment dans le brouhaha de la ville des enclaves de silence où il est loisible de chercher une brève retraite hors du tumulte ambiant. Réserves cernées de toute part par les avancées de l'urbanisme ou de l'aménagement du territoire. On vient y reprendre souffle, se recueillir, goûter le calme que berce le genius loci. Le silence installe dans le monde une dimension propre, une épaisseur qui enveloppe les choses et incite à ne pas oublier la part de son regard personnel en les voyant. Le temps y passe sans hâte, à pas d'homme. Ces lieux sertis de silence se détachent du paysage en se donnant d'emblée comme propices au rassemblement de soi. Certains lieux, voués à la célébration religieuse ou à la méditation, sont peuplés de silence et rendent impensable l’effraction d’un son ou d'une parole, on y marche dans la crainte de rompre un équilibre fragile destiné à la seule contemplation. Dans la forêt, le désert, la montagne ou la mer, le silence pénètre parfois si parfaitement le monde que les autres sens paraissent en comparaison désuets ou inutiles. La parole reste suffoquée, impuissante à dire la force de l'instant ou la solennité des lieux. Emotion de se sentir appartenir pleinement au monde, porté par le frémissement de l’atmosphère qui règne alors. Le silence fait écho en l’homme à la puissance des lieux. L'homme élargit le sentiment de sa présence et éprouve un moment l’intuition de la fin possible de la séparation qui pourtant renaît au premier mot énoncé. Rien ne doit être dit pour ne pas briser le vase infiniment fragile du temps. Le langage réintroduit la séparation. L’alliance butte contre une parole qui la dissipe par l'attention qu’elle provoque.
Un lieu est parfois une liturgie tranquille qui emporte l'homme dans une méditation à laquelle il n'aurait guère songé avant d'être saisi par la chimie de l’instant. Sa résonance intime procure le sentiment fort d'exister. En s'accordant au silence des choses, l'individu se remplit de soi en laissant le monde le pénétrer. Le recueillement suspend la dualité entre l'homme et les choses, même s'il est provisoire, et menacé à tout instant de se rompre. Dans ce moment privilégié le silence est un baume qui guérit de la séparation avec le monde, celle entre soi et les autres, mais aussi celle entre soi et soi : il restaure symboliquement l'unité perdue.

Infos

Nb de pages : 1
Parution : 21 déc 2001

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Détails

Extrait du mag :
Génération Tao 23

Auteur(s) :
David Le Breton

Mots-clefs
Culture & Société , Europe , Philosophie , Spiritualité , Méditation

Difficulté de lecture
Moyen

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