De l’art martial aux jeux olympiques

Nous avons pris la mauvaise habitude en Occident d’imposer nos certitudes. Lorsqu’il est question d’Art Martial, nous nous référons à Mars, la divinité romaine de la guerre qui, comme son cousin grec, Arès, prenait un vif plaisir à faire couler le sang et, suivant la légende, à se revêtir de la peau des vaincus écorchés vifs. L’image de ce psychopathe en jupette de cuir n’est peut-être pas le meilleur exemple que l’on puisse donner de nos pratiques «martiales»…
Nous avons pris la mauvaise habitude en Occident d’imposer nos certitudes. Lorsqu’il est question d’Art Martial, nous nous référons à Mars, la divinité romaine de la guerre qui, comme son cousin grec, Arès, prenait un vif plaisir à faire couler le sang et, suivant la légende, à se revêtir de la peau des vaincus écorchés vifs. L’image de ce psychopathe en jupette de cuir n’est peut-être pas le meilleur exemple que l’on puisse donner de nos pratiques «martiales». Mais il s’agit en fait d’une traduction au mot a mot qui nous est parvenue, dans les années 60, directement des USA. Là-bas, un Karatéka était normalement assimilé à un «artiste martial» pratiquant des «routines» (ou Katas !). De quoi être dérouté. En Chine, comme au Japon, le terme Wu ou Bu, qui s’écrit identiquement, est composé de deux caractères. Le premier, Zhi, signifie «arrêter», «s’opposer à», tandis que le second, Ge ou Ke, représente une arme meurtrière, une hallebarde à crochet symbolisant la violence guerrière. Wu ou Bu se lit donc intégralement «Faire cesser la violence». Le commentaire classique repris par les Maîtres Ueshiba, Kano et Funakoshi explique : Wu, la Bravoure. Le brave est celui qui par sa rectitude (Zheng ou Cheng) est capable de faire cesser la violence sans pour autant utiliser celle-ci. La rencontre des caractères Zi et Ge crée, en effet, un autre caractère important qui est Zheng, la «Droiture», qualité fondamentale du chevalier. Ainsi Gishi, «Homme Droit» en japonais est le plus beau compliment que l’on puisse adresser à quelqu’un qui, au seuil de sa vie, n’a jamais failli à son devoir. On est donc bien loin du contexte «martial» tel que nous le comprenons en Occident. Cette incompréhension prend racine dans l’habitude que nous avons prise d’adapter à notre profit ce qui vient d’ailleurs sans chercher à en comprendre l’essence. Nous nous persuadons, par exemple, que la pratique «martiale» commence par le poing et finit par l’arme. En oubliant que dans les pays d’où sont originaires ces pratiques, à partir de douze ans, tous les individus de sexe masculin savaient parfaitement se servir d’une arme dans les castes guerrières, ou d’un outil, pour les autres, la pratique de la main ou du poing permettant au guerrier de se défendre lorsqu’il était désarmé (ce qui était très rare !). Concernant ceux qui utilisaient habituellement des outils agraires (fléaux, faucilles, manches de meules…) ou des instruments religieux (bâtons de marche bouddhistes, pelles pour enterrer les morts), ils n’avaient aucune raison d’utiliser les mains nues, si ce n’est dans des formes de combat ritualisées et souvent festives. Ainsi les multiples formes de lutte avaient pour but, non de tuer un hypothétique adversaire (ce qu’ils auraient pu faire avec une arme ou un outil !), mais de procéder à un rituel où l’autre, l’alter ego, devait toucher le sol avec une partie spécifique de son corps, ou sortir d’un espace convenu comme sacré. Cela sefaisait toujours avec des règles très précises, comme dans le Sumo ou la lutte Mongole, mais également dans la lutte turque ou bretonne. La dernière hypothèse de rencontre, avec armes ou à main nue, était le duel soit judiciaire soit motivé par des jeux. Nos Jeux Olympiques, très occidentaux mais dans lesquels les Orientaux commencent à exceller, en sont le meilleur exemple. On s’étonne actuellement que certaines et certains puissent être tentés de tricher. Mais cela ne date pas d’aujourd’hui, puisque la gymnastique se pratiquait nu (du grec gumnos, «se mettre nu», «se dépouiller des artifices»), justement afin d’éviter ces tricheries. Les fameuses «couronnes de laurier du vainqueur», alias «baccalaureat» (couronne du lauréat, donc de celui qui a réussi) étaient, lors du défilé final, jetées dans un brasier afin de «purifier l’atmosphère» et, ce faisant, de revenir aux bonnes mœurs qui avaient, probablement, été quelque peu mises à mal lors des compétitions et ceci malgré tous les efforts des juges. On y retrouvait donc quelques formes de combat à main nue comme la lutte ou le pankras. De nos jours, on retrouve la lutte, la boxe, le judo et un nouveau venu, le taekwondo. Cet art coréen issu du Tangsudo (littéralement «Voie de la Main des Tang», - donc originellement issue de Chine !) a du subir un adaptation drastique et n’a plus grand-chose à voir avec la pratique d’origine. Ce qui rend les combats fort peu spectaculaires. Rendons ici hommage à nos quatre champions Gwladys Epange, Christophe Negrel, Myriam Baverel (argent) et Pascal Gentil (bronze) que nous avons malheureusement peu vus dans les médias au regard de leurs excellents résultats. Il semble dont très difficile de se faire une place au soleil lorsqu’on représente une nouvelle discipline qui ne motive que peu de sponsors et donc la plupart des journalistes sportifs… cela promet pour le Taijiquan ! Il ne semble pas facile de passer du statut d’art martial à celui de sport de combat, puis de sport olympique. Le futurs jeux de Pékin, comme ce fut le cas pour le Taekwondo lors des jeux de Séoul, permettront probablement aux «arts martiaux chinois» de tirer leur épingle du jeu, mais on ne sait pas encore sous quelle forme ni sous quelle dénomination. Cela aura pour conséquence de compliquer encore quelque peu une situation actuellement confuse quant à leur représentation officielle, mais aussi, probablement, de situer des limites dans ce qui demeurera un «art chevaleresque».