
Qu’est-ce qui fait courir le monde?
Fin d’année, cycle qui s’achève. Fin de cycle, année qui commence. Dans cet espace de transition, le temps de la récapitulation, images et sensations kaléidoscopiques des moments forts, des périodes creuses, des changements et des adaptations, des choix et des actions. Cette étape paraît essentielle pour l’intégration de nos expériences et l’entrée dans une phase nouvelle, défait(e) de notre ancienne peau. Ce qui est passé peut être laissé au passé. Il n’en reste alors que la substantifique moelle précieusement alchimiée dans le creuset de notre âme. De nombreuses traditions y font référence. Mais tout cela est-il vraiment nécessaire ? Qu’en reste-t-il à l’heure où tout trépasse ? Quand plus rien n’est censé s’agiter ? Est-il question pour celui qui chemine d’accomplissement, d’épanouissement ou de libération ? Que reste-t-il quand dans la profondeur d’un silence, l’être se pose, partant de sa périphérie pour délicatement se détendre en son centre ? Quand de ce centre méditant peut rayonner une sphère, dense et consciente ? Est-il encore possible de continuer à agir dans le monde ? S’activer, analyser, bâtir, construire, lutter pour les autres, pour soi, aller de-ci, de-là, rencontrer, partager ? En a-t-on même envie ? Et je pense à Bouddha. Quel sentiment, quelles énergies l’animent quand il décide de s’asseoir sous l’arbre ? Il a alors connu l’abondance, l’amour (sans doute?), en tout cas la rencontre avec une femme auprès de qui il connaîtra la paternité. Il a tout quitté, s’est dépouillé de tout. Il a traversé l’ascèse. Mais voilà, ne voyant rien venir, rien changé, ayant tout essayé, tout tenté, il décide de s’arrêter, d’arrêter le monde en lui, de ne plus croire aux rires qui lui secouent le corps, tout comme aux pleurs qui mouillent et inondent ses paupières, au passé qui le retient, aux projets qui le font avancer, aux conditionnements qui le téléguident, aux expériences qu’il a engrangées et qui chaque fois, rajoutent un peu de sel, un peu de désir. Ne plus rien faire, ne plus rien désirer, ne plus rien dire… seulement s’asseoir… Et il s’éveilla.
Alors, qu’est-ce qui fait courir le monde ? Qu’est-ce qui me fait courir ? Autant de questions pour lesquelles je n’ai pas de réponse. Et en existe-t-il de définitive ? L’essentiel ne se trouve peut-être que dans la question elle-même, comme un espace présent et disponible à « autre chose ». Pour lors, je marche, je ris, je cours, je danse, j’avance, en restant au plus près de mon centre, sincèrement, et en res sentant sa chaleureuse fraîcheur. Et peut-être qu’un jour moi aussi, j’irai m’asseoir au pied de l’arbre.