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Ah, si j’étais riche…

Le mot de la fin…

Nous l’avons tous fait un jour : s’imaginer que nous gagnions à la loterie nationale.

Nous l’avons tous fait un jour : s’imaginer que nous gagnions à la loterie nationale. Mais attention, pas la cagnotte ordinaire — qui ferait quelque chose comme un seul petit million d’euros —non, le Gros Lot ! Alors, avec cet argent, cette manne céleste, que feriez-vous ? Oui, bien sûr, autour de vous, votre famille, les mettre définitivement à l'abri, vos amis, puis aussi une bonne œuvre, une cause à laquelle vous croyez. Bon. Et puis il y a vous. Alors, vous continuez de travailler ou non ? Vous déménagez ou pas ? La ville, la campagne finalement ? Vous restez avec votre compagne, votre compagnon ? Et la pratique, vous continuez à pratiquer avec 10 000 000 d’euros en poche ? A quel rythme ? Comment ? Non ? Posez-vous la question, sans jugement, et peut-être allez-vous vous rendre compte de votre réelle motivation à pratiquer : amour, curiosité, peur du vide, de la solitude… L’important est de savoir quel chemin a empreinté votre âme jusqu’à la pratique de votre art. Et de ne pas en être dupe : la liberté réelle serait de pouvoir regarder sa motivation et d’en faire sa voie personnelle de transformation. Ai-je commencé pour me guérir de quelque chose ? Est-ce fait ? Ce que je cherchais au début, l’ai-je trouvé ? Est-ce que maintenant je ne cherche pas autre chose ? La même question : si je meurs demain, qu’est-ce qui est important pour moi ? Qu’est-ce que je garde, qu’est-ce que je laisse, vers quoi, vers qui mes pensées vont-elles se tourner pendant ces dernières 24 heures ? Quelle est la place de mon chemin, de ma pratique dans cette récapitulation, dans ces remords, dans ces regrets, dans ces dernières fois ? Autre : si je ne meurs plus jamais. Si effectivement, je suis immortel(le), si j’ai tout le temps du monde pour moi à tout jamais — ça donne le vertige, non ? —, qu’est-ce que j’en fais ? Comment je pratique ? Avec la même avidité, la même consommation ? La même lenteur, et de continuer à apprendre inlassablement les mêmes pas de la même forme durant une petite centaine d’années ? Et de continuer à être élève et de cumuler le savoir sans jamais le transmettre à mon tour ?
Mais nous n’avons pas gagné à la loterie, et nous n’allons pas mourir demain, ni vivre éternellement. Et à la fois, si. Et en plus, c’est la rentrée. Dans cet immense vortex qui nous conduit droit vers la fin de l’année, dans cette précipitation — dans tous les sens du terme —, posons-nous les questions verticales, celles qui redressent et font tenir l’Homme droit : Pourquoi est-ce que je fais, ici et maintenant, ce que je fais ? Comment y suis-je arrivé ? Est-ce encore d’actualité, ou bien de manière mécanique je continue à faire, à penser, à agir comme l’an passé, comme mes semblables, comme mes parents avant moi ? Quel est mon intérêt dans le fait de continuer, de ne pas me poser de questions outre mesure ? A quoi, à qui, suis-je fidèle, puisque ça ne peut être à moi-même, ou bien à un vieux moi, qui lui a bel et bien disparu depuis longtemps… Faire peau neuve à la rentrée, tendre l’oreille pour savoir ce que ce temps a de nouveau pour moi. C’est loin d’être évident : entre les habitudes, les obligations et l’emploi du temps déjà chargé… mais c’est pourtant le moment idéal pour regarder sa vie et d’insuffler du nouveau, pas de la nouveauté pour de la nouveauté (bien que ce soit aussi une expérience intéressante), mais du nouveau qui soit en adéquation avec soi. Cela sous-entend quitter des choses, en prendre, mais aussi surtout regarder le chemin que nous avons pris, de le remercier pour le laisser ou de le remercier pour réaffirmer son engagement. Comme d’être profondément en amitié avec sa vie, comme dans une relation qui se termine, une relation qui dure pour d’autres raisons que celles du départ : juste le voir, en être conscient, plein de reconnaissance, et le dire, enfin, l’exprimer. Ah, autre chose : pour gagner, il faut jouer…

Infos

Nb de pages : 1
Parution : 04 avr 2007

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Extrait du mag :
Génération Tao 42

Auteur(s) :
Sandrine Toutard

Mots-clefs
Culture & Société , Développement personnel , Conscience

Difficulté de lecture
Facile

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