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Et si je n’avais pas cheminé…

Le mot de la fin…

Ah, que le temps passe vite, qui continue toujours sa fuite. On n’a jamais le temps, de voir passer le temps ! » chantait il y a longtemps un de mes amis.

Ah, que le temps passe vite, qui continue toujours sa fuite. On n’a jamais le temps, de voir passer le temps ! » chantait il y a longtemps un de mes amis. Je viens d’avoir 35 ans le 12 mars dernier : « Le bel âge » diront certains ; « Les années passent » pourront dire d’autres. Depuis maintenant presque 15 ans que je me suis mise en chemin, chaque anniversaire est devenu une date où je peux mesurer tout ce que j’ai engrangé, les épreuves qui ont été traversées, la maturité qui s’est installée. En somme, à chaque année une saveur, un parfum, une texture en plus. Aujourd’hui, j’ai l’impression de pouvoir laisser mûrir tout ce qui a été acquis, tout ce qui est en place. La vie m’a manqué, et à présent, je la goûte vraiment. Comme un espace de tranquillité qui se serait ouvert. Je commence à comprendre et à saisir ce que signifie l’expérience : après que la tempête ait soufflé sur mon âme pendant toutes ces années, que tout et rien aient pu parasiter mon esprit. Oh, je ne dis pas qu’un calme olympien a élu résidence en son centre ; ce serait triste et je sais trop combien les événements de la vie se chargent bien vite de balayer à coups d’imprévus ce genre de pensées. Mais une partie de cette incarnation est aujourd’hui accomplie, et je vois bien qu’elle m’offre de porter un autre regard sur le passé, le présent et sur l’avenir, de percevoir et de ressentir le monde d’une autre manière. Et je m’interroge. Et si je n’avais pas vécu toutes ces expériences, fait tous ces choix, de quelle teneur serait mon regard, de quoi seraient emplis mes yeux qui dévoilent si bien le vécu de l’âme ? Qu’est-ce qui différencie profondément celle qui a cheminé et celle qui n’aurait pas fait ce choix ? Qu’est-ce qui différencie véritablement une personne qui décide de suivre le Tao, une Voie, et celle qui avance sans cheminement ? Et si je n’avais pas fait toutes ces rencontres, si je n’avais pas reçu cette transmission qui m’a construite et m’anime aux couleurs et aux accents que je lui ai donnés, que serais-je devenue ? Autrement dit, de quoi est fait ce que j’étais et ce que je suis ? Ce « qui suis-je ? » si atemporel et « aspatial ». Je crois que garder sans cesse en présence ce questionnement, c’est cela qui fait toute la différence entre suivre le Tao et ne pas le suivre. Oui mais… Certains sages éveillés ont dit : « Quoi qu’il arrive, rien n’arrive ». Dans l’absolu, oui. Mais ce qui arrive peut être doux ou âpre, léger ou grave, voire tout en même temps. Et ce n’est pas une illusion ! Pour exemple, peut-on dire de ces futures élections présidentielles : « Quoi qu’il arrive, rien n’arrive » ? Sans doute. Mais nous sommes des êtres de chair modelés à la forge de l’expérience et ce qui arrive ne nous pousse pas à agir de façon unilatérale : nous sommes amenés à faire des choix et à prendre des responsabilités. L’expérience nous amène sans cesse à réactualiser nos fondements, réajuster, reformuler et réacter, voire changer ce que nous croyions avoir acquis. Avec l’art et la manière de le faire. Ce qui était plaisir peut devenir effort, et l’effort muter en plaisir… Alors dans ce monde de paradoxes où ce qui est fertile peut se révéler stérile, et ce qui est stérile fertile, dans cette alternance yin-yang, qu’est-ce qui fait de moi ce que je suis aujourd’hui et que serai-je demain ? Qu’est-ce que mon corps, mes cellules doivent retenir et qu’ont-elles à laisser partir ? Et pour en revenir à la question initiale : qui aurais-je été à 35 ans si je n’avais pas cheminé ? Sous une certaine forme d’absolu, je serais la même. A sa source. Mais sans avoir conscience que cette source existe. Sans m’être interrogée. La conscience, la voilà peut-être la différence. Simplicité. Evidence. Et si profondément, je me pose en mon centre — vous pouvez vous y amuser — et que je revois ce moment, cet instant, où je me suis mise en quête. Ou quelque chose s’est animé, comme à la puberté, quand le feu et le désir s’éveillent. La soif. La faim. Et bien là, pas de soif, pas de faim, pas d’appel. Et je me vois prendre un autre chemin, répondre au désir de cet homme, à ce travail, à cette autre route tracée… et puis, l’ennui, le manque… Et je ne cesse de voir cette interrogation sans cesse me rattraper. Comme si c’était l’inévitable. L’irrémédiable questionnement. Et je me vois avoir perdu tout ce temps à tergiverser. Et je vois un autre moi-même qui n’est déjà plus moi. Je suis. C’est ça, je suis. Tout simplement.

Infos

Nb de pages : 1
Parution : 21 mar 2007

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Détails

Extrait du mag :
Génération Tao 44

Auteur(s) :
Delphine L'Huillier

Mots-clefs
Connaissance de soi , Europe , Développement personnel, Eveil , Conscience

Difficulté de lecture
Facile

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