Le nouvel an de la “Petite Asie” parisienne.

Fin janvier 1998 : Quoi de neuf au courrier aujourd’hui ? Voyons, une lettre de mon ami Guillaume, une carte de ma petite nièce “Nouvelle Rosée du matin”, de Toulouse, et encore toutes ces publicités tapageuses que je consulterai plus tard…
Fin janvier 1998 : Quoi de neuf au courrier aujourd’hui ? Voyons, une lettre de mon ami Guillaume, une carte de ma petite nièce “Nouvelle Rosée du matin”, de Toulouse, et encore toutes ces publicités tapageuses que je consulterai plus tard. Procédons dans l’ordre : Que me veut donc ce cher Guillaume ?... Par les mille paumes divines !!! Je me serais donc trompé dans l’orthographe de son nom dans le n°5 de Génération Tao... Oui, c’est bien cela, il s’agit de Guillaume Hébert. Ah ! Par les huit trésors, son adresse, j’ai également fait une erreur. Je vais l’appeler de suite, pour présenter mes excuses à ce sacré garçon. Si mes oreilles fatiguées ont bien entendu le timbre de sa voix, vous pouvez donc le contacter au :19, rue St Martin 14000 Caen Tel: 02 31 85 93 39. Dans le dernier numéro, vous avez pu admirer ses “mandalas” (B.C.S-M.A.) créés en osmose avec les outils modernes de l’informatique. Guillaume aime écouter l’avis des autres pour évoluer dans son art. Bien, passons à ma nièce ; tiens, elle m’invite à venir la rejoindre pour la semaine de festivités du Nouvel an asiatique à Toulouse. Mais je ne peux décommander les rendez-vous que j’ai pris avec mes amis français pour le week-end du 31/01 au 01/02 dans la “Petite Asie” parisienne. Je leur ai promis d’être leur guide lors du carnaval. Malheureusement, mes grands maîtres taoïstes ne m’ont pas encore divulgué les secrets de l’ubiquité. Comment être à plusieurs endroits à la fois ? Après le quartier asiatique de Belleville la veille, les autorités ont carrément bloqué une partie du 13ème arrondissement pour le défilé du Nouvel An. Tout est là : sur un fond de musique chinoise et indochinoise, les Grands Tambours de l’ARFOI (Association des Résidents en France d’Origine Indo-chinoise) annoncent les invités d’honneur et les divers participants. La procession suit un itinéraire triangulaire Ivry-Choisy Masséna qui permet au public de ne pas se tasser et de bouger comme il le sent. Ah le carnaval... Entre les drapeaux colorés, les chevaux en papier, les lanternes rouges de la paix, les drapeaux longs et les lanternes fleuries, ont défilé les rois, reines et leur suite, des dynasties Tang, Ming et Qing ; les trois divinités : Bonheur, Réussite et Longévité, les héros des Royaumes Combattants, les personnages de la légende du Juge Bao Gong (symbole de la justice). J’ai dévoré des yeux la danse des lions et la danse du dragon. J’ai admiré, profondément ému, les héros du roman classique Pèlerinage vers l’Ouest : le maître bouddhiste Tang San-Zang et ses quatre disciples : le Roi des Singes, le Cochon Divin, le Cheval Blanc et le moine Sha He-Shang, voyageant vers l’Ouest pour chercher les canons bouddhiques. Nous avons vu l’accueil de la mariée selon la tradition chinoise, des danses folkloriques de plusieurs pays, etc. Les fées qui nous lançaient des fleurs m’ont achevé. Heureusement, j’ai pu recouvrer mes esprits quand nous sommes allés manger au restaurant et, pendant le repas, les propriétaires nous ont offert un cadeau à chacun… Mes amis français étaient un peu destabilisés par ce geste de don (l’un d’entre eux a d’ailleurs demandé combien il devait...). En Chine, cet “acte de don” fait aux clients est un échange avec le Dieu de la prospérité qui, en retour, est censé apporter ses énergies positives au commerce. Comme vous le savez, la culture chinoise est aussi influencée par la croyance bouddhiste du karma : un acte bon entraîne de bonnes conséquences, et inversement pour un acte mauvais. On récolte ce que l’on sème... Vous voyez, même là, la philosophie du prince indien s’intègre naturellement dans l’esprit mercantile de mes frères.
Le Salon des médecine douces
Je n’ai pas regretté mon passage au traditionnel salon de “Médecine Douce et Thalasso” au Parc des Expositions (Porte de Versailles) du 5 au 9 février 1998. Moi qui étais si réticent à tout bain de foule après ces nombreuses festivités. Comme tout Sifou, j’ai un petit côté ours, quand je vois trop de monde, il me faut ma caverne. Mais toutes ces organisations qui œuvrent pour le mieux-être ne peuvent que me ravir (même si certaines n’ont pas toujours les pieds sur terre... ou la main sur le coeur). Je ne vous cache pas que mon chauvinisme a été caressé dans le sens du poil car nombreux étaient les stands de Qi Gong et de médecine chinoise. J’ai pu admirer des formes de Taï Ji effectuées par des mordus de l’art chinois : Anya Meot, Antoine Ly et Yves Blanc ont orchestré la danse cosmique. Une méditation en mouvement dans ce va-et-vient de milliers de personnes en quête de santé et de bien-être. Boules Bao Ding, démonstrations de maîtres, diagnostic par la prise des différents pouls, décidemment, la Chine
en particulier et l’Asie en général est partout en France. Tous ces clins d’œil à ma culture me donnent soudain la nostalgie, le mal du pays. J’aspire à sentir les odeurs de mon enfance, à déambuler dans les petites rues escarpées de Chine, à entendre les différents patois chantants des cantons de ma nation. Je comprends Yoda qui disait “Fatigué je suis, de repos j’ai besoin”. Ouh, ceci est un signe, Je dois retourner au pays. Quelle merveilleuse invention que la tontine chinoise, le Hui, ce système de prêts et de crédits géré par la communauté chinoise qui permet d’aider et de soutenir un membre de celle-ci lorsqu’il a besoin de yuan, oh ! pardon de francs. Figurez-vous que, grâce au Hui, mes compatriotes m’ont aidé à payer le billet d”avion pour aller me ressourcer, retrouver mes racines. Quelle délectation... Comment ai-je pu rester si longtemps sans respirer cet air, palper cette terre, goûter ces saveurs, sentir ces odeurs...bon j’arrête, mon maître de poésie m’a toujours dit que j’étais fait pour l’aquarelle. Durant mon retour aux sources, devinez ce que je vois, assis à côté de moi dans un centre de Wushu à Beijing : M. Hu Ting Ming, l’entraîneur officiel de l’équipe de Chine en train de lire un magazine. Jusque là, rien de particulier. Non, je ne me suis pas trompé, c’est bien Génération Tao ! La vie est pleine d’humour, n’est-ce pas ? Quand je suis en France, je vois la Chine partout, et maintenant que je suis en Chine, je me souviens de la France. Comment guérir cette blessure quand on ne se sent jamais complètement chez soi ? La seule issue réside dans le fait d’accueillir la totalité de l’être dans l’instant présent... Car “la vie est comme une goutte de rosée posée sur la feuille de lotus” (de mon maître de poésie R. Tagore).