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« Quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens. »

Mémoire du vivant

Une réflexion éthologique sur la condition humaine et l’expression du mouvement présent dans toute forme de vie.

Un proverbe amérindien dit : « Quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens ». Cette phrase me revient comme une lointaine chanson dans des moments difficiles. D’où je viens ? Qu’ai-je reçu ? Comment, de qui, pourquoi, et pour quoi ? Je suis un être humain, oui, je sais, mais cela veut dire quoi ? Le mystère est toujours là, présent. Comment cette histoire a-t-elle bien pu commencer ? Ce que je ressens au plus profond de moi, cette chose est sûre, est que nous partageons avec ce que l’on peut appeler, faute de mieux, le « monde animal », un même héritage qui nous permet de penser et repenser sans cesse au fil des découvertes, notre place dans le monde.

L’héritage du monde animal
En dominant l’animal, incarnation du sauvage, l’humain s’est imaginé maîtriser la nature et la vie. Ne s’est-il pas de ce fait, fermé la porte vers la connaissance de ce qui fait justement de lui un Homme, de ce qui constitue sa « nature humaine » ? Nous constatons, au fur et à mesure que nos connaissances s’enrichissent en matière de comportement animal, à quel point les frontières sont fines entre leur monde et le nôtre. « Repenser le propre de l’homme nécessite de faire la paix avec l’animal » nous dit le philosophe Dominique Lestel. L’étude des grands singes nous a beaucoup appris sur ce sujet. Nous savons entre autre qu’ils ont accès aux champs sémantiques des mots, ce qui met en branle un certain nombre de théories. Des études sur les clicks des cachalots et des dauphins nous laissent fortement penser qu’il existerait une forme rythmique commune avec celle des hommes. Les exemples sont disponibles à profusion. Tous les jours les découvertes nous montrent et nous permettent « aujourd’hui de dire que la conscience de soi, l’outil, la bipédie, la chasse, le tabou de l’inceste, les traditions, le rire, le jeu, la souffrance, la morale, le sens de la famille, toutes ces conquêtes qui jadis ont servi à distinguer l’humain de l’animal, ne sont plus désormais le propre de l’homme » nous rappelle Boris Cyrulnik.

De la survie de l’espèce à la survie de l’individu
Alors, qui sommes-nous ? De quoi est faite cette membrane si perméable entre la « nature » et la « culture », entre l’inné et l’acquis, le naturel et le culturel ? Quelles sont véritablement la nature de la nature et la nature de la culture ? Comment se font ces transformations, s’opèrent ces échanges qui font que la vie « évolue » ? Le but de la vie n’est il pas avant tout de rester en vie ? Qu’est ce que cela signifie ? S’adapter et se transformer toujours et sans cesse pour que ne cesse la vie ? Du mouvement, toujours du mouvement, aussi lent et profond qu’il soit. Nous sommes sans cesse obligés de nous transformer, de nous adapter aux modifications de notre environnement. Car nous savons que l’évolution s’est faite ainsi. La vie met tout en œuvre pour un seul but : la survie de l’espèce, comme une sorte de programmation universelle du vivant. Toute espèce, au risque de s’éteindre, est contrainte de s’adapter à son environnement et à ses modifications. Nous savons, au regard de l’histoire de la terre que la Vie a toujours le dessus. Mais des modifications importantes ont coûté et coûtent sans cesse la vie à de nombreuses espèces. Alors pourquoi nous, êtres humains, y échapperions-nous ? Si à l’observation du monde animal nous constatons que tout comportement a pour but la survie de l’espèce, comment nous plaçons-nous face à cela, alors que nous glissons dans nos sociétés humaines vers un autre but, la survie de l’individu ? N’est-ce pas la première fois que cela se produit à l’échelle d’une espèce ? Ne bouleversons-nous pas là une grande loi de la vie ? N’allons-nous pas à l’encontre de ce mouvement global du vivant ? Alors je m’aventure à me demander ce qui nous pousse ainsi vers un mouvement rétrograde puisque la survie de l’individu est stérile à l’échelle d’une espèce. Que se passe-t-il donc quand de grands principes du vivant sont bouleversés ? Ne viendrait-il pas de là une sorte de dépression collective ? N’avons-nous pas intérêt à nous replacer d’urgence dans cette grande chaîne de la vie où il fallait que nous passions, avec ce désir collectif de rester en vie ? Ce qui a sauvé l’Homme jusqu’à présent est bien son exceptionnelle faculté d’adaptation. Il évolue et tant mieux ! Mais il doit garder en conscience sa place dans cet immense écosystème qu’il malmène lui-même chaque seconde.

Une construction individuelle et collective
Oui, rappelons le toujours, ce qui prime c’est le changement, le mouvement, présent dans toute forme de vie, origine de la vie et source de vie. Alors bougeons, changeons, évoluons, mais avec conscience, au risque de payer le prix fort. « Prendre conscience d’évoluer en terres incertaines, essayer de savoir pourquoi l’on combat… joyeusement. » écrit Alexandre Jollien. Oui, j’ai du mal à considérer que le bonheur d’avancer soit si profond s’il ne s’intègre pas dans un mouvement plus global, si l’individu n’a pas conscience du tout dont il fait partie et pour lequel il participe. Je ressens un réel bonheur quand, dans ma pratique du Wutao, je construis la « bulle » qui me protège, les arcs de la colonne vertébrale qui m’inspirent, les voûtes qui me soutiennent et mepermettent de prendre ma place, car j’ai conscience de cette Terre sur laquelle je pose mes pieds, de cet air que je respire et sur lequel je m’appuie, de mes ancêtres les animaux qui vivent en moi. Je pense que nous devons par cette construction individuelle toujours agir vers cette construction collective… Grâce à Nous et pour le Nous ; grâce au Vivant et pour le Vivant. Alors bonne construction à chacun de nous !

Infos

Nb de pages : 2
Parution : 04 jun 2007

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Détails

Extrait du mag :
Génération Tao 45

Auteur(s) :
Cécile Chastang

Mots-clefs
Connaissance de soi, Ecologie , Biotao , Animal

Difficulté de lecture
Facile

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