Gtao : Depuis 2002, vous dirigez le Centre Yang Chengfu de Paris. Qu’est-ce que cela implique pour vous ?
Duc Nguyen : Nous essayons de transmettre le style de Yang Chengfu le mieux possible et avec humilité. D’un point de vue éthique, nous n’enseignons pas autre chose que ce qui est enseigné dans l’école. Je ne m’autorise pas à professer d’autres styles que je connais.
Carole Nguyen : Nous nous sentons investis d’une mission respectueuse de l’esprit de la Famille Yang, autant dans l’enseignement du style que dans la manière de le faire. Pour nous, ouverture d’esprit, qualité d’âme et partage sont autant de vertus qui peuvent sembler être des poncifs mais auxquels nous croyons sincèrement.
Gtao : Comment éprouvez-vous ce cadre obligé ?
D. : Nous cherchons notre voie dans cette rigidité apparente. Nous transmettons sans broder parce que nous en sommes incapables ! Nous estimons qu’il faudrait un haut niveau de compréhension pour s’y hasarder ! Le Tai Ji Quan est tellement profond ! Nous découvrons des subtilités à l’intérieur de cette trame-là tous les jours ! C’est un voyage abyssal !
Il est possible de devenir auteur de sa forme.
Gtao : Seriez-vous tentés par cette démarche ?
D. : Nous avons un axe central en travaillant en profondeur le style Yang Chengfu, mais notre curiosité nous invite à aborder et à étudier d’autres styles pour en comprendre les logiques. Je respecte les différences esthétiques et techniques, mais je ne vais pas essayer de marier la carpe et le lapin. En revanche, l’un nourrit l’autre, par comparaison. C’est intéressant pour nous d’instaurer ce dialogue intime. Le temps a sa raison. Il faudrait plusieurs vies pour étudier tous les styles.
Gtao : Dans cet acte délicat de la transmission, qu’est-ce qui vous réunit et qu’est-ce qui vous sépare ?
D. : Chacun de nous deux enseigne différemment. Carole a un point de vue plus féminin. Elle se sert du Qi Gong pour l’échauffement et la relaxation à la fin du cours tandis que moi, je suis plus martial de par mes antécédents en arts martiaux externes.
C. : Les élèves s’interrogent. Ils aiment comprendre l’origine des mouvements.
D. : Il faut dire ce qu’il faut, sans plus, car la part de répétition et de compréhension à travers le corps est incontournable pour avancer humblement. C’est à nous professeurs de gérer cela. A ce propos, dans notre école sur le Web de Yang Family, on peut discuter avec les professeurs du monde entier. Un Américain a lancé récemment «No TMI» : «Attention, Too Much... [
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