Les subtiles révoltes

Cherchez Sagesse en Internet, vous verrez ! Je veux dire : vous ne verrez pas grand chose, car la sagesse souvent impalpable, sous-jacente et précaire, laisse la place au paradigme. Une sagesse… mille sagesses. Mille sagesses… une seule et unique sagesse.
Cherchez Sagesse en Internet, vous verrez ! Je veux dire : vous ne verrez pas grand chose, car la sagesse souvent impalpable, sous-jacente et précaire, laisse la place au paradigme. Une sagesse… mille sagesses. Mille sagesses… une seule et unique sagesse. Pour s’épanouir, les sagesses ont dans le passé thésaurisé la vie des gens anonymes, puis leur savoir a quitté le temps de l’histoire, devenant esquifs des traditions perdues. C’est un savoir qu’on essaie d’imaginer par des traces infimes et des excavations archéologiques laborieuses. La sagesse ancienne est en reconstruction et la pensée moderne en déconstruction. Entre les deux, il existe une sagesse qui perdure en dépit de tout et partout : formes orales et ascèse du silence, arts et rites, techniques, religions et philosophie ; mais aussi folklore, musique, poésie, chant et danse ; car auparavant, tous mettaient la sagesse dans leur savoir-faire, les femmes dans l'élevage et la poterie, les hommes dans la chasse et la forge. La sagesse est l’évidence même. En elle, il y a les mythes, les enseignements spirituels, les œuvres d’art, la vie courante et concourante. Tel le sacré, elle se trouve en tout, depuis la forme la plus rudimentaire à la plus épurée.En fait, c'est à travers les récits des grandes conquêtes que nous sont parvenus des vestiges de ces savoirs, des échos de ce qu’était l'homme à son apogée. Vis-à-vis de la sagesse, l’homme est à lui-même son propre inventeur. Une volonté de recréer l’alliage de sensibilité et de pensée, des paradis perdus, au moment de la vieillesse ceux de l’enfance, en temps de guerre ceux de la paix. Mais elle a subi les assauts des colonisateurs et le dogmatisme des missionnaires. Plus ils s'éloignaient de leurs racines, de leurs propres cycles agraires, mythes et rites, moins ces barbares, ces étrangers et voyageurs aventureux hésitaient à pratiquer la politique de la terre brûlée. Puis, colonisateurs et autochtones, jeunes et vieux, sensés et fous, se sont affrontés sans jamais savoir qui de Dieu ou de l’homme était le coupable de leur malheureuse rencontre. De cette sagesse battue en brèche, ignorée, écrasée, ignorée et corrompue, il nous reste cependant de remarquables fossiles. Mais, en dépit des oppresseurs qui ont presque tout effacé sur leur passage, nos maîtres sont des initiés (1), héritiers et survivants des lignées les plus anciennes.Ces maîtres persistent à parler de la Voie, du Tao, du Do, du Chemin, du Sentier, avec l’évidence de ce qui coule de source. Ils transmettent bien une sagesse, non pas une philosophie. La philosophie se veut être l’aventure de la pensée. La sagesse celle de l’union du corps et de l’esprit, l'appropriation et l’application intuitive des règles naturelles, évidentes ou plus secrètes. Être soi-même est la principale sagesse. L’ascension peut aboutir à la sainteté ou à la prophétie. Cependant, dans la Voie, un prophète vaut un saint, un saint vaut un sage, un sage vaut ce qu’il vaut… Tous trois doivent réconcilier leur parcours terrestre avec leur mission personnelle et être à l’écoute du cosmos. Tous trois portent leurs ancêtres sur le dos et sont l’ancienne et unique réponse à trois formes différentes d’accomplissement ; un accomplissement toujours d’actualité dans les arts énergétiques taoïstes et bouddhistes, thème de notre passion commune. La sagesse, programme porteur de mille graines, tient à deux polarités essentielles, l’une interne et cosmologique, l’autre externe et politique.
Le paysage, pays du sage
Le chemin est immuable. La principale source de sagesse pour l’homme est l’énorme réservoir d’énergies de la Nature. Le sage aspire à ce que les organes de son corps terrestre soient régénérés par l’univers le plus longtemps possible. Catapulté au milieu d’une nature à la fois dévorante et nourricière, l’homme, depuis la nuit des temps, observe son environnement (2). Il le scrute et s’évertue à le saisir. Il puise dans les sagesses de la forêt, des animaux, des couleurs, des éléments et du paysage. Il s’identifie à leur mutation pour parvenir à une seconde naissance. Héraclite, la foudre ; Lao Tseu, le Ciel ; Socrate, le vent ; Confucius, la terre ; Platon, la montagne ; Bouddha, le bois ; Aristote, le lac ; Cioran, la cendre, etc... Comme le dit M. Yourcenar, «La sagesse est la forme la plus dure et la plus condensée de l’ardeur, la parcelle d’or née du feu, non de la cendre».
Nous devrions pouvoir les évoquer et les lire comme si l’on visitait un paysage… un Pays-sage… Le pays, la nation du sage. Le paysage du sage est davantage de l’ordre de la perception de l’écoulement du temps que d’une configuration figée dans la nature. Le sage visite l’âme comme une contrée. Le moine zen est nuages dit-on. Le sage s'inspire de la nature, de sa Force-Source, de son Intention. Il est à l’élément naturel ce que l’élément naturel est à la sagesse. Un érudit est à la sagesse ce qu’un paysan est au paysage, leur point commun est la
culture, qu’elle soit agraire ou intellectuelle. Le langage porte les signes des mêmes corrélations. C’est clair.
Un être instable est un pays en voie de développement, un paysage à minuit. Un individu accompli est un État à la première personne : patrie, gouvernement, armée. Tous les organes exécutifs sont représentés dans son corps et son esprit.Abordons notre thème par un autre angle, plus près encore des arts énergétiques. La sagesse se rattache à l’eau dans la dimension verticale du puits et la dimension horizontale propre aux nappes phréatiques, qui s’étalent dans des galeries souterraines, parallèlement à la flèche du temps. Elle maintient en équilibre à la fois la profondeur et la multiplicité, la diversité et l’universel. Traitant les choses les plus lourdes : vie et mort, santé et longévité, avec dextérité et légèreté, avec le défi de la danseuse en balade sur la pointe des pieds. Voyons Lao Tseu, né vieillard, il regarde vers l’enfance. A califourchon sur son buffle, face tournée vers la terre des signes… Il se sent l’âme d’un débutant ; il commence son chemin sous la pâleur prometteuse de l’aube ; ses compagnons sont les innocents qui, une fois encore, recommencent ce tour de manège circadien de l’existence. Le sage regarde en l’enfance un nouveau jour, un nouveau sommet à conquérir. “L'homme est un autre soleil qui se lève et se couche sur la terre. Il doit se lever comme le soleil pour être, devenir, se consumer” dit l'écrivain congolais K. Kia Bunseki Fu-Kiau (3).La graine, les racines, le tronc, les branches, les feuilles, les fleurs et les fruits déterminent l'espèce, mais son processus vital est commun au genre. Les végétaux communiquent entre eux grâce à l'éthylène ; grâce à la photosynthèse il produisent la chlorophylle. L’arbre connaît une sorte d’illumination (celle de l’énergie solaire), tout en continuant ses ébats avec la terre, l’air et son environnement. Nous pouvons alors distinguer parfaitement ce qui est propre à sa spécificité et à son développement et ce qui est de l’ordre de l’interdépendance et de l’universel : le souffle. C’est ainsi que le sage devient celui qui, respirant, transmet le souffle et parvient à l’universel. Sage aussi est celui qui a foi dans le souffle et qui, en inspirant et expirant, dessine les pleins et les déliés d'une écriture de l’invisible.
De grands artistes parviennent à la sagesse, mais les sages qui ont tout donné au Qi, à l’air, au souffle, ne font pas d’autre œuvre que cette calligraphie ineffable dans l’éther. L’essentiel se trouve là, dans cette respiration haletante, compassée comme le battant d’une pendule, perçante comme le premier rayon de lumière de l’aurore, aiguë comme un faisceau laser. Le sage pense qu’il se fera mieux comprendre en disant la sagesse par le souffle, de son âme à l’âme du destinataire de son message. Quel renoncement ! Il se dépossède et se dissout dans le néant ample et vaste, à la mesure, disons-le, de son combat contre l’ego. Et pourtant, l’évocation de Bouddha résumant sa sagesse en souriant devant une fleur tournée entre deux doigts, devant cette image-là, pas un être humain n’échappe à un frémissement d’admiration. Car la non-peur est le plus grand exploit de l’esprit..
Il pratique la régulation de l’effort par une relation élastique avec le Yin et le Yang. Sage est celui qui en élargissant la perception de l’humain reconnaît les limites en lui-même et dans le monde, qui entre en osmose avec l’élément liquide pour mieux se solidifier, qui examine les fissures entre la raison et le réel, et unifie points et méridiens pour enraciner l’humain dans son cadre de vie et le faire perdurer. Enfin, sage est le père spirituel de la gent égarée, l’accoucheur de son être enfoui.
Sites dédiés aux sagesses
Attention ! Il y a pléthore de sites (en français !) concernant les Sagesses sur Internet. Le plus souvent ils sont dédiés à la Bible, à la Grèce antique, etc. Lorsqu’il s’agit d’une sagesse de l’immanence (c’est le cas de la pensée chinoise !), une sagesse inscrite dans les paramètres de la nature et de ses cycles, des mutations et de leurs dynamiques, il faut surtout contacter les sites en anglais. Nos recommandations, pour l’instant, vont donc à une approche, qui va de l’écologie au civisme, en passant par la création littéraire.
• http://www.bctf.bc.ca/PSAs/appipc/inform/vol10_6/proverbe...
La sagesse des nations et ses proverbes. Il est une discipline scientifique peu connue qui a pour objet l'étude du proverbe. Elle se nomme la parémiologie. Le proverbe fascine par sa singularité, sa forme elliptique, son contenu, sa pertinence. Y sont répertoriés de très anciens, provenant du Yi king : «On ne peut pas perdre ce qui nous appartient vraiment, même si on le rejette.» Et aussi : «Ce qu'on porte haut tourne au néant» ; mais aussi des plus modernes : «Dans l'action, un mouvement pensé est un mouvement raté», de Luigi Ziliotti.
• http://www.altern.org/ghanima/etonnant.htm
Il existe une technologie s’inspirant du souffle et de la sagesse. Des chercheurs Chiliens et Canadiens ont créé les «pièges à vents», terme emprunté au roman de Science Fiction de Frank Herbert «Dune». Les instruments en question font référence à cet outil imaginaire utilisé par les Fremen de Dune pour récolter l'humidité sur leur planète désertique. Herbert n’en détaille pas la technologie, mais le principe est similaire...) Dans les régions les plus arides de la Terre, il est maintenant possible de «récolter» l'eau de l'atmosphère à l'aide de simples filets en polypropylène qui capturent entre 20 et 65% de l'humidité de l'air. L'eau ainsi récupérée serait naturellement potable et le prix de revient de l'installation peu important (par rapport aux autres méthodes). Chaque filet mesure dans les 50 m2 et coûte dans les 2000 FF, tout compris. La production d'eau est de 3 à 4 litres/m2. Après la réussite de l'expérience qui s'est déroulée au Chili (village de Chungungo), de nouveaux pays (dont le Kenya et l'Inde) s'équipent... (La photo qui illustre ce sujet est de Gilles Saussier/Gamma).
• http://xinfo.ic.gc.ca/NABST/fra/srs-f.html
De nos jours, un seul pays, en l'occurrence le Canada, affiche dans son cadre de stratégie fédérale la devise «Santé, Richesse et Sagesse» . Un exemple à suivre pour les nombreux autres états qui n'ont pas encore trouvé un but ou ont oublié la raison de leur existence ancestrale.
• http://www.poetrystore.com/seng1.html
Dans cette Boutique de Poésie on trouve des poèmes et des peintures Zenga de Gibon Sengai, (1750-1837), moine zen, peintre et poète, dans le cadre. L’on y lit aussi Li-Po, Bassho et des poètes occidentaux qui ont vécu comme de vrais taoïstes et assumé la contradiction propre à la vie.
1. Biès Jean, «Les Grands Initiés du XXème siècle», Philippe Lebaud, Paris 1998.
2. McLuhan T.C., «L’esprit de la Terre», Editions du Rocher, Paris 1998.
3. Ibid.