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Il est curieux d’observer intellectuels et universitaires, passionnés par la civilisation et la "philosophie" chinoises, encenser Confucius, tandis que la plupart des pratiquants se tournent vers Lao zi et le Taoïsme. C’est comme si deux courants puisant
Il est curieux d’observer intellectuels et universitaires, passionnés par la civilisation et la "philosophie" chinoises, encenser Confucius, tandis que la plupart des pratiquants se tournent vers Lao zi et le Taoïsme. C’est comme si deux courants puisant à la même source coulaient côte à côte sans se rejoindre. Quelle en est la cause ? Imaginons deux êtres en chemin : l’érudit qui marche sur les pas du Savoir, et l’explorateur qui glisse sur la voie de l’Expérience et de la Connaissance. L’un, le confucéen, a une démarche profondément sociale ; il faut se perfectionner grâce à l’étude des textes et à la tradition. Devenir un individu complet, moral, et relié aux autres membres de la "cité", dans la perspective de construire une société plus "juste". L’autre, le taoïste, cherche l’accomplissement dans la voie par le wu wei, en répondant à l’ordre naturel de l’univers. Il nourrit son esprit par la corporalité et accède à l’Eveil en réalisant dans son corps l’harmonie du yin-yang et de ses trois chaudrons énergétiques (physique, émotionnel et mental) ; il se laisse traverser par des fluides et habiter par une pulsation qui n’est autre que la pulsation cosmique. L’un est porteur d’une conduite morale et d’un ordre social. L’autre vibre à l’unisson d’un ordre cosmique. L’un nourrit la raison, et ignore le corps, l’autre nourrit le corps, et défie la raison. L’un pénètre l’esprit, l’autre éveille l’âme. L’un se réfère à la sagesse des anciens et l’autre à "l’infini possible" de l’enfant.
…Et pour le taoïste, n’y a-t-il pas plus beau véhicule de l’âme que le corps innocent de l’enfant ? Ses formes rondes, sa souplesse et son élasticité, son ballon rond qui lui sert de ventre, les racines du ciel retenant sa tête, la recherche toute tâtonnante de son centre de gravité, son regard qui semble percer l’invisible, son empathie. Bien sûr, les conditions de sa conception, la qualité de ses perceptions pendant les neuf mois passés dans le ventre de sa mère, les efforts fournis pendant l’accouchement auront déjà influencé sa vie, mais le potentiel de l’être éveillé est là, ouvert et disponible au monde, il ne lui reste plus qu’à grandir et à s’épanouir tout en gardant cette qualité spontanée propre à l’enfance, pour devenir un "bébé centenaire". Comment ne pas se méfier alors du Savoir cher à Confucius ? Tandis que l’éducation commence, l’innocence disparaît. La société devient un modèle pour un enfant qui aura baigné dans un milieu aquatique et atemporel pendant neuf mois. Comment ne pas perdre le lien avec sa nature profonde en étant si rapidement éloigné du berceau cosmique que lui rappellent la Nature, son corps et ses sens ? Ce corps qui n’est plus alors qu’un outil, et la raison un but. Je n’en veux pas à Confucius, son intention était humaniste, mais, à mon goût, la pensée-action ne suffit pas. N’y a-t-il alors aucune issue ? aucune alternative ? Ne peut-on faire se rejoindre les deux courants ? Pour vivre l’Eveil, doit-on encore et toujours se retirer dans les montagnes ? Ne pouvons-nous être socialement éveillés ? N’est-ce pourtant pas la seule solution pour avancer ? Eveiller notre corps pour éveiller le corps social.