19 échos du Tao d’aujourd’hui

19 personnalités issues d’horizons divers et liées au Tao se sont prêtées au jeu de répondre à un questionnaire hors norme. Entrez dans la sphère : 2ème partie avec Fabienne Verdier, Jean-Michel Chomet, Song Arun, Alexandro Jodorowsky, Jean-Daniel Cauhépé et Ailing Kuang.
Fabienne Verdier, peintre et calligraphe, spécialiste de la Chine
GTao : si vous deviez vous retirer dans les montagnes, quel livre inspiré par la Tao emporteriez-vous ?
F. V. : Propos sur la peinture du moine citrouille amère de Pierre Shitao (éd. Hermann, coll. Savoir).
GTao : Pouvez-vous nous donner les raisons de votre choix ?
F. V. : C’est l’un des plus grands peintres chinois et mon livre de chevet. Pour le citer : La règle se fonde sur l’Unique Trait de Pinceau. L’Unique Trait de Pinceau est l’origine de toutes choses, la racine de tous les phénomènes.
Le livre : Le traité de Shitao (1710 environ) représente une des expressions les plus hautes et les plus complètes de la pensée esthétique chinoise. Le texte incarne l'attitude du peintre chinois, c'est-à-dire la vision de l'homme agissant en communion avec l'Univers.
Le Tao en une phrase : Ma façon de répondre à ce questionnaire, plutôt que de “définir”, est un coup de pinceau qui représente le concept philosophique Dian : mutation - transformation, afin de vivre pleinement le changement incessant de la voie des choses dans sa permanence.
Jean-Michel Chomet, enseignant de taï ji quan et qi gong,fondateur des Jardins d’Hermès
GTao : Si vous deviez vous retirer dans les montagnes, quel livre inspiré par la Tao emporteriez-vous ?
JM. C. : Le secret de la fleur d’or de Lu Dong Ping, traduit par Thomas Cleary (éd. Pocket, 1995).
GTao : Pouvez-vous nous donner les raisons de votre choix ?
JM. C. : Cet ouvrage est un véritable manuel de la pratique de l’alchimie intérieure dans la perspective du courant de la complète réalité du Tao.
Le livre : Ce livre présente l’essence des enseignements du Tao. Il offre des outils de discernement, indispensables à celui qui s’engage dans la pratique. D’autre part, les commentaires de Thomas Cleary sur le texte sont avisés (et utiles), précieux à des lecteurs peu avertis.
Trois autres livres cités par Jean-Michel Chomet :
- The book of balance and harmony, traduit par Thomas Cleary (éd. North Point Press).
- Vitality, energy, spirit, traduit par Thomas Cleary (éd. Shambala).
- Practical taoïsm, traduit par Thomas Cleary (éd. Shambala).
Le Tao en une phrase : Le Tao est la cessation de toute lutte avec CE QUI EST.
Le Tao en une création humaine (pratique, œuvre d’art, etc.) : L’humour.
Le Tao en un personnage (réel ou mythique) : Lu Dong Ping, un des maîtres de l’alchimie. Il fait partie des huit Immortels de la tradition taoïste et est l’auteur du Secret de la fleur d’or.
Song Arun, enseignant de qi gong
GTao : si vous deviez vous retirer dans les montagnes, quel livre inspiré par la Tao emporteriez-vous ?
S. A. : Conversation avec Dieu de Neale Donald Walsch (éd. Ariane, 1997).
GTao : Pouvez-vous nous donner les raisons de votre choix ?
S. A. : Il m'apporte les réponses à mes questions de la vie quotidienne.
Le livre : Dialogue hors du commun entre qui je suis et tout ce qui est.
Trois autres livres cités par Song Arun :
- Le miracle de la pleine conscience de Thich Nhat Hanh (éd. L'espace bleu).
- Les mouvements du cœur de Claude Larre et Elisabeth Rochat de la Vallée (éd. Desclée de Brouwer).
- Le tao de la guérison de Haven Trevino (éd. Amrita).
Le Tao en une phrase : La voie, l'omniprésence, le tout, le vide. Nous ne pouvons percevoir le Tao qu'à travers notre cœur, quand nous sommes à l'écoute et dans un état d'observation (sans désir ni résistance).
Le Tao en une création humaine (pratique, œuvre d’art, etc.) : Le symbole celte Yggdrasil. Il représente un tout : l'harmonie, l'unité, le tout. Les racines et les branches de ce frêne sont liées à la terre et au ciel.
Le Tao en un personnage (réel ou mythique) : Le Tao n'a ni personnalité, ni identité. Le personnage qui représentera le Tao sera “le tout” ou “le rien”.
Alexandro Jodorowsky, psycho-chamane, metteur en scène, auteur, artiste inclassable
GTao : Si vous deviez vous retirer dans les montagnes, quel livre inspiré par la Tao emporteriez-vous ?
A. J. : Lie zi, traduit par Tchang Fou Jouei (Librairie You-Feng, 1993) et Yi Jing, le livre du changement, traduit par Cyrille J.-D. Javary et Pierre Faure (éd. Albin Michel, 2002).
GTao : Pouvez-vous nous donner les raisons de votre choix ?
A. J. : - Moins connu que Lao zi (Lao Tseu), Lie zi (ou Lie Tseu) a écrit un des trois ouvrages les plus importants du Taoïsme. Ce livre abonde en contes populaires, en fables, en mythes et légendes qui m'ont aidé à vivre. La version complète, je l'ai en espagnol : El verdadero clàsico del vacìo perfecto. - Cette traduction du yi jing est un vrai monument et abolit définitivement toutes les traductions antérieures . Pour moi, c'est l'événement culturel et initiatique le plus important des dernières trente années. Enfin nous pouvons nous approcher de la sagesse du livre sans aucune contrefaçon psycho-analytique ou interprétation fantaisiste. Liezi comme le yi jing nous aident à vivre avec bonheur la permanente impermanence de ce rêve qu’on appelle réalité.
Le Tao en une phrase : Si je le dis, ce n'est pas le Tao, si je ne le dis pas, ce n'est pas le Tao.
Le Tao en une création humaine (pratique, œuvre d’art, etc.) : L'Arcane XIII du Tarot de Marseille.
Le Tao en un personnage (réel ou mythique) : La peau de ma petite fille sent l'abricot.
Jean-Daniel Cauhépé, fondateur de l’école de Sumikiri, auteur & Ailing Kuang, enseignante de dao yin, auteur
GTao : Jean-Daniel Cauhépé, si vous deviez vous retirer dans les montagnes, quel livre inspiré par la Tao emporteriez-vous ?
JD. C. : Le Vrai Classique du Vide Parfait de Lie tseu, traduit du chinois par Benedykt Grynpas (éd. nrf Gallimard, 1961)
GTao : Pouvez-vous nous donner les raisons de votre choix ?
JD. C. : Probablement parce qu’il est moins connu que le Tao te King, et surtout parce qu’il est une invitation à l’abandon taoïste. Mais également la personnalité même de Lie tseu est remarquable. A travers les textes, on découvre une personnalité pleine de grâce et d’humour, libre de la liberté de ceux qui sont sans attachement à ce monde, riche du seul Tao parce qu’au service d’aucune idéologie ou de personne. Cet ouvrage aborde tous les grands thèmes du taoïsme et en particulier par écho, celui du “Vide”, soit le Wu, qui n’est perceptible que par son absence de signes et de qualités sensibles. C’est pourquoi il est présent à chaque ligne sans être cité. Lie tseu enseigne une Voie d’humilité car Si mon corps même n’est pas en ma possession, comment pourrai-je posséder le Tao?, et la Voie de la vraie Simplicité : Le Tao est un cœur innocent et simple.
Le livre : Il se présente sous la forme de textes courts organisés en huit livres attribués soit à des interlocuteurs, soit à des personnages exemplaires.
Trois autres livres cités par J.-D. Cauhépé :
- Tao te King de Lao tseu, traduit par Jacques Lionnet (éd. Librairie d’Amérique et d’Orient Adrien-Maisonneuve, 1962).
- La Voie Rationnelle de Matgioi (éd. Paul et Louis Chacornac, 1941, rééd. Editions Traditionnelles, 1974).
Le Tao en une phrase : La voie qui n’est que la voie n’est pas la voie.
Le Tao en une création humaine (pratique, œuvre d’art, etc.) : Un mouvement univers.
Le Tao en un personnage (réel ou mythique) : Yin-Yi, le gardien de la passe pour qui aurait été rédigé le Tao te King.
GTao : Ailing Kuang, si vous deviez vous retirer dans les montagnes, quel livre inspiré par la Tao emporteriez-vous ?
A. K. : Anthologie des poèmes des Tang, in L’Ecriture poétique chinoise de François Cheng (éd. du Seuil, 1977)
GTao : Pouvez-vous nous donner les raisons de votre choix ?
A. K. : Tout naturellement, je ne choisirais pas parmi les livres liés au Canon taoïste car ils sont sujets d’études et en cela reliés à un système de pensée. Ils peuvent nous éloigner imperceptiblement, car le Taoïsme ne devrait pas être un savoir mais une reconnaissance de nous-même. C’est pourquoi je prendrais avec moi des poèmes de la période Tang. Sans doute parce que cette dynastie offre un équilibre de beauté. Lorsque nous entrons en communion avec la Beauté, nous évitons les précipices que sont les systèmes philosophiques et le désir de convaincre. Les poèmes Tang introduisent l’âme dans la solitude des montagnes, c’est la poésie des ermites : Voir, après la pluie, la couleur des pins. Et toucher, au-delà du mont, la source ! (Liu Ch’ang-ch’ing). Par ces poèmes, nous épousons la Voie de la Simplicité et de la Spontanéité : La joie ne dure qu’un printemps ! Je chante et la lune musarde, Je danse et mon ombre s’ébat. (Li Po) Nous comprenons que ces poèmes sont de parfaites
expériences taoïstes, nous y retrouvons l’effacement du sujet, la vie vécue de l’intérieur, avec le rythme et le Souffle vital cosmique.
Trois autres livres cités par A. Kuang :
- Le Traité de Houai Nan-Tseu, traduit par Claude Larre (Institut Ricci, 1982). Il y est écrit : Méfiez-vous des gymnastes… Ils appliquent là l’art du cœur selon un schème purement corporel… Entrez résolument dans les exercices de réintégration de soi, dans l’immense rééducation des sens et par elle, dans le renoncement aux passions.
- Le Taoïsme et les Religions Chinoises d’Henri Maspero, (nrf éd. Gallimard, 1971).
- Calligraphie de Claude Mediavilla (éd. Imprimerie Nationale, 2000).
Le Tao en une phrase : Le Tao réside là où est le vide, et le vide est obtenu par le jeûne du cœur.
Le Tao en une création humaine : Une calligraphie.
Le Tao en un personnage (réel ou mythique) : Ma Lyang était un peintre mythique dont on disait que sous son pinceau, tout s’animait.